Le retour des pénitents.

Après un repos d'une demi-heure les cris des alcades se font entendre. Brutalement, à coups de badine, il font former les rangs, et tous, les uns égrenant leur chapelet, les autres récitant des oraisons, s'avancent au pas accéléré; entre les deux files se tiennent le clergé et les femmes, mères ou sœurs des pénitents. C'est un spectacle fantastique. Notre dessin représente la procession au moment où elle passe devant l'ossuaire qui renferme les restes des compagnons de Roland.

Quand nous pénétrons dans l'église, les pèlerins ont relevé leur cagoules et écoutent l'office divin appuyés sur leur croix ou prosternés contre terre. Vers la fin de la messe a lieu la confession: les divers confessionnaux sont pris d'assaut; le pénitent, debout, s'incline vers le prêtre, qui le tient embrassé en lui couvrant la tête de son camail, puis il va communier.

Immédiatement après, les pèlerins, laissant leur croix dans l'église et enlevant leurs costumes de pénitents, se mettent en devoir de dévorer leur premier repas, qu'ils ont bien gagné. La posada (auberge), située près du monastère, est envahie, et sa cuisine offre le plus pittoresque des spectacles. Autour de son immense cheminée, où brûlent d'énormes branches de chênes, bout le putcherro (pot-au-feu) traditionnel, et mijotent ou rôtissent les quartiers de viande et les mets les plus variés dans des récipients de toutes formes. Sur des bancs ou des tabourets se chauffent les pèlerins; mendiants, carabiniers, filles d'auberge, se pressent, circulent, crient, gesticulent, fument, mangent, boivent, dans une atmosphère épaisse, puante d'huile rance et d'ail, et dans une demi-obscurité que rend plus sombre encore la couche de suie dont les murs sont tapissés.

La procession, au retour, s'effectue dans le même ordre et refait dans la journée les 30 ou 40 kilomètres de la nuit précédente.

P. Kauffmann.

NOS SAISONS ET LA TEMPÉRATURE

On aimerait quelquefois n'avoir pas si complètement raison. Sans doute, le triomphe donne toujours au cœur une sensation d'une certaine saveur fort agréable, et j'avoue, sans fausse modestie, que je n'ai pas été fâché de voir les événements météorologiques continuer de prouver l'abaissement de température signalé par moi, sous ma propre responsabilité, et donner ainsi le démenti le plus formel à ceux qui m'avaient contredit. J'aurais peut-être quelque droit à jouir de mon triomphe et à imprimer ici en lettres majuscules les noms de mes contradicteurs, dont l'un surtout mériterait grandement le pilori. Mais soyons généreux! La science doit être, avant tout, impersonnelle, et ce qui nous intéresse, ce ne sont point les opinions des hommes, mais les faits. La question posée ici est assurément la plus grande actualité scientifique de l'année, et, comme nous le remarquions tout à l'heure, il eût été de beaucoup préférable que les événements ne me donnassent pas si complètement raison. Une année sans printemps, ce n'est gai pour personne, sans compter les pertes de l'agriculture, les inondations, les grippes et tout ce qui s'en est suivi. Le thermomètre et le baromètre ont fait perdre cent mille francs à la journée du Grand-Prix de Paris, un million au seul département de Seine-et-Oise dans la seconde semaine de juin, plusieurs centaines de millions à l'ensemble de la France. Et puis, l'absence du soleil, les nuages, le froid et la pluie répandent dans l'atmosphère une sorte de spleen universel. Oui, j'aimerais beaucoup mieux avoir eu tort.

L'été nous dédommagera-t-il de ces froids interminables? Rien ne le prouve. En général, même, contrairement à ce que le sentiment des justes compensations devrait faire espérer, les hivers les plus rigoureux ont été suivis d'étés froids et humides. Ce n'est pas rassurant du tout, et il faudrait un changement radical de régime pour nous ramener les chaleurs torrides dont on semble avoir perdu le souvenir. Ce changement se produira-t-il? Sans doute quelque jour, mais le plus tôt serait le meilleur. Ces jours derniers encore, j'ai eu la curiosité de placer un thermomètre à minima sur le gazon d'une pelouse, librement exposé au rayonnement nocturne. Dans la nuit du 12 au 13 juin, il est descendu à 0°, 8! Et nous sommes au solstice d'été, et non au pôle, mais à Paris--ou à Juvisy--à la latitude de 48°.

Il ne sera pas sans intérêt d'examiner en détail cette situation climatologique si curieuse, dont nous sommes les victimes depuis plusieurs années.