Ces deux causes se compensent exactement quant à la quantité de chaleur reçue du Soleil par la Terre dans la moitié de chaque année.
Mais est-ce seulement la quantité de chaleur reçue qui règle les températures? Nous pourrions poser ici la question d'Adhéinmar: N'est-ce pas plutôt la quantité de chaleur conservée?
Or, actuellement, notre pôle boréal a 4475 heures de jour et 4291 heures de nuit. La différence est de 184 heures. Cette différence d'illumination solaire de 184 heures de surcroît chaque année sur le rayonnement nocturne doit avoir pour conséquence de permettre au pôle nord, et à son hémisphère, de conserver plus de chaleur, de se refroidir moins que le pôle austral, en vertu de ce principe, que la chaleur augmente à mesure que les jours deviennent plus longs.
Si l'on admet cette conséquence, notre hémisphère boréal, qui a eu son maximum de durée de saison chaude (équinoxe de printemps à équinoxe d'automne) en l'année 1248, va en se refroidissant depuis cette époque. Le surcroît des heures d'illumination solaire diminue.
Il est possible que cet accroissement lent et graduel des heures de nuit ait une action, non point immédiatement directe sur nos thermomètres, mais sur les eaux superficielles qui constituent les courants de la mer et qui jouent un rôle considérable dans la distribution des températures. Les climats du globe ne sont pas du tout ce qu'ils seraient dans l'étendue de l'océan, qui recouvre près des trois quarts de la planète. Sans l'Atlantique, et surtout sans le gulf stream, Paris ne serait jamais devenu la capitale du monde: la Seine serait le Volga.
Quoi qu'il en soit, notre climat se refroidit depuis le treizième siècle, et la cause de ce refroidissement pourrait être celle que nous venons d'indiquer.
Il va sans dire que l'abaissement actuel et local de la température sur lequel nous avons appelé l'attention au début de cet article n'a rien de commun avec ce refroidissement séculaire. Autrement, nous n'en aurions pas pour longtemps! Nous avons vu qu'il se borne à l'Europe et ne sévit pas sur le nord. C'est une affaire de courants atmosphériques.
En dehors de cette variation séculaire, il y a des périodes assez bizarres et anormales de chaleur et de froid. Nous traversons en ce moment l'une des plus curieuses, et en même temps l'une des plus désagréables, que l'on ait observées depuis l'invention du thermomètre. Faisons des vœux pour voir bientôt cesser ce déplorable abaissement de température qui sévit sur l'Europe depuis quatre, cinq et six ans.
Camille Flammarion