Il nous serait facile de multiplier considérablement ces exemples. Arago, qui les admet comme démonstratifs d'un changement de climat, attribue ce changement aux défrichements. «Le déboisement, la formation de larges clairières dans les forêts conservées, la disparition à peu près complète des eaux stagnantes, le défrichement de véritables steppes, dit-il, ont pour effet de rendre les étés moins chauds et les hivers moins froids; comme on le constate aux États-Unis.»
Cette cause a-t-elle agi à ce point en France et en Angleterre pour amener une modification réelle du climat? Nous ne partageons pas ici l'opinion de l'illustre astronome, car c'est surtout antérieurement au seizième siècle que les moines ont opéré les défrichements les plus considérables.
Nous avons sous les yeux trop de témoignages évidents en faveur du refroidissement de nos printemps et de nos étés pour ne pas l'admettre, témoignages si nombreux, en vérité, qu'ils pourraient faire l'objet d'un volume. Les météorologistes qui se refusent à admettre un fait aussi clair sont tout simplement des aveugles.
Mais quelle en est la cause? Cette cause pourrait bien être tout astronomique.
La Terre, en circulant autour du Soleil, ne décrit pas une circonférence, mais une ellipse dont l'astre du jour occupe un des foyers.
A l'une des extrémités de cette ellipse, elle est plus proche du Soleil qu'à l'autre, de 1/30, ou de 5 millions de kilomètres environ. Il en résulte que l'hémisphère terrestre exposé à l'astre radieux reçoit un quinzième plus de chaleur dans la première position que dans la seconde.
La Terre passe à la première position (au périhélie) le 1er janvier, et à la seconde (à l'aphélie) le 1er juillet. Les étés de nos hémisphères arrivent donc dans la section de l'orbite la plus éloignée du Soleil.
En l'an 1248 de notre ère, la Terre passait au périhélie le jour du solstice d'hiver, tandis que maintenant elle y passe onze jours plus tard. A cette époque, nos étés ont été les moins chauds qu'ils puissent être, puisqu'ils arrivaient au point de l'orbite le plus éloigné du Soleil, et nos hivers étaient aussi les moins froids qu'ils puissent être. Depuis cette époque, nos étés tendent à devenir plus chauds et nos hivers plus froids par cette cause, quant aux points extrêmes.
Mais, en raison même de cette ellipticité de l'orbite terrestre, le mouvement de notre planète le long de cette ellipse varie en raison du carré de la distance, précisément comme la lumière et la chaleur. La Terre marche moins vite en été, plus vite en hiver. Il en résulte que du 21 mars au 21 septembre, notre planète, restant plus longtemps exposée au Soleil que du 21 septembre au 21 mars, reçoit juste dans les deux moitiés de l'orbite la même quantité de chaleur. Le printemps et l'été réunis durent 186 jours 11 heures; l'automne et l'hiver 178 jours 19 heures.
Jusqu'en l'an 1248, la durée de l'été alla en augmentant. Depuis cette époque-là elle va en diminuant.