Des météorologistes fort sérieux nient absolument tout changement de climat. Il nous semble qu'ils n'ont pas étudié suffisamment la question.
Remontons quelques siècles de l'histoire, si vous le voulez bien.
On rapporte que Philippe-Auguste ayant voulu choisir parmi tous les vins de l'Europe celui qui ferait sa boisson habituelle, les vignerons d'Etampes et de Beauvais se présentèrent au concours. La charte ajoute, il est vrai, qu'on les rejeta. Mais est-il admissible qu'ils auraient eu l'audace de se présenter au concours si leurs produits avaient été aussi peu potables qu'aujourd'hui? Récolte-t-on, même actuellement, un vin quelconque à Beauvais?
Henry IV, le fin gourmet, n'avait-il pas une certaine prédilection pour le vin de Suresnes?
La ligne de limite de la vigne peut être tracée aujourd'hui à travers les départements de l'Eure, Seine-et-Oise, Oise, Aisne, Marne, Meuse, Meurthe. Le fruit de Bacchus périclite de plus en plus, même au sud de ces départements, par exemple dans la Haute-Marne, dès que l'altitude est un peu élevée. Or, autrefois, la vigne était cultivée jusqu'à la Manche.
De vieilles chroniques nous apprennent même qu'à une certaine époque la vigne était cultivée dans une grande partie de l'Angleterre, et qu'on y récoltait du vin. Maintenant, les soins les plus assidus, une exposition au midi et complètement abritée des vents froids, des espaliers, suffisent à peine pour amener à maturité quelques grappes de raisin. Le pommier même menace de déserter les vergers, où jadis mûrissait la vigne.
Plusieurs anciennes familles du Vivarais ont conservé dans leurs titres de propriété des feuilles cadastrales qui remontent à l'année 1561. Ces feuilles indiquent l'existence de vignes productives dans des terrains élevés de six cents mètres au-dessus du niveau de la mer et où, maintenant, pas un seul raisin ne mûrit, même dans les expositions les plus favorables. Pour expliquer ce fait, il faut admettre qu'en Vivarais les étés étaient autrefois plus chauds que de nos jours.
Cette conséquence est confirmée, quant à la partie du même pays où la vigne est encore cultivée, par un document également démonstratif, mais d'une nature différente. Avant la Révolution, le plus grand nombre des rentes foncières en vin devaient être payées en vins de premier trait de la cuve, au 8 octobre. Au seizième siècle, date de ces stipulations, la vendange était donc terminée dans le Vivarais à la fin de septembre. On la fait maintenant du 8 au 20 octobre.
On lit dans l'histoire de Mâcon qu'en 1552 ou 1553 les Huguenots se retirèrent à Lancié, près de cette ville, et qu'ils y burent le vin muscat du pays. Le raisin muscat ne mûrit plus maintenant dans le Mâconnais à un degré qui permette d'en faire du vin.
Un certain nombre de végétaux, qui prospéraient plus au nord, ont battu en retraite depuis le moyen-âge. Le citronnier ne se trouve plus dans le Languedoc, où il vivait alors, ni l'oranger dans le Roussillon.