--Maintenant, au travail! La sais-tu enfin, ta leçon?
--Oui, dis-je d'un air à la fois penaud et fanfaron.
--Récitez alors, mademoiselle. Qu'est-ce que l'enfer?
--Et, pleurant à demi, rejetant insolemment ma tête en arrière, secouant mes boucles blondes et tapant du pied:
--L'enfer, mon oncle, est un lieu horrible... très horrible!... où il n'y a pas de fleurs, pas de papillons, pas de coqs, pas de soleil, pas de cerises... enfin tout comme votre cabinet de travail, mon oncle!
Et je vous certifie que c'est bien ainsi que je m'imaginais l'enfer, ce jour-là!...
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* *
Ma seconde damnation eut une cause moins futile, car j'avais poussé depuis l'aventure du cerisier; il ne s'agissait plus de paresse et de gourmandise--menues peccadilles qu'on pardonne aux enfants--mais de curiosité et de coquetterie, péchés quasi-mortels qui, plus tard, deviennent péchés mignons, lorsque sonne l'heure de l'éclosion de la femme.
Alors, je ne redoutais plus les insidieuses questions de mon oncle sur les deux Testaments ou le catéchisme. J'allais vers mes onze ans et préparais ma première communion. Je puis le dire, sans me flatter, j'étais la plus dévote ainsi que la plus savante des aspirantes de l'abbé. Au milieu des bambins et des bambines, je jouais aussi sérieusement à la madone que je jouais à la maman avec mes poupées, affectation qui doublait chez moi l'ingratitude de l'âge ingrat. Pleine d'onction et d'orgueilleuse modestie, je parlais à voix basse, m'empêchais de rire, tenais les yeux baissés et mes lèvres pincées. Mon oncle prétendait que je faisais l'édification de la paroisse...
Un jour, en ma présence, l'abbé ouvrit son armoire à glace et y farfouilla. Comme il me tournait le dos, j'eus la franchise de lever les yeux, et j'aperçus, sur un rayon de l'armoire, une sorte de coffre en marocain rouge. Ce coffre m'intrigua, m'intrigua au point que ma langue, d'elle-même, se mit en mouvement: