--Qu'est-ce donc, mon oncle, cette boîte? demanda-t-elle.

L'abbé répondit d'un ton de chaire:

--Cela ne regarde pas les fillettes comme toi.

Ça lui était facile à dire, à lui qui savait ce que contenait ce coffre mystérieux. En fait de réponse, il ne pouvait en choisir une meilleure pour exciter ma curiosité d'Ève naissante, et le malin diable qui habitait toujours en moi, sortant de la prison où ma ferveur le maintenait, me taquina aussitôt, criant:

--Qu'est-ce donc que ce coffre rouge?

Je ne voulais pas l'entendre, mais, obstiné comme tous ses pareils, il se plaisait à m'obséder. Pour le réduire au silence, je redoublais de dévotion, mais, trop souvent, la pensée tentatrice se glissait parmi les Pater et les Ave, et, tandis que mes lèvres continuaient à implorer Dieu ou la Vierge, je m'oubliais à écouter la diabolique voix:

--Qu'est-ce donc que ce coffre rouge?...

J'en souffrais tant que je dus songer au remède. Il n'y en avait qu'un: pénétrer sournoisement dans la chambre de mon oncle, m'emparer du coffre, l'ouvrir et voir ce qu'il y avait dedans. Les circonstances se donnèrent le mot pour me perdre. Un après-midi, des paysans vinrent quérir mon oncle pour le conduire en toute hâte au chevet d'un agonisant.

--Sois bien sage, me recommanda l'abbé en s'en allant.

Je promis. Je ne m'étonne plus que les vendeurs de promesses fassent fortune!... Il y avait marché à Valence; Marie-de-l'Abbé, toujours à l'affut des économies à réaliser, s'y trouvait. Donc, j'étais seule à la maison... Seule avec ma tentation et le coffre mystérieux. Pouvais-je résister?... J'entre dans la chambre de mon oncle. Le confiant abbé laissait toujours ses clefs aux serrures. J'ouvre l'armoire, et découvre, sous une pile de mouchoirs, le coffre, le coffre mystérieux.