Les événements d'Haïti.--Le sang vient encore une fois de couler à flots dans la République d'Haïti. Le général Hippolyte, qui en est le président, cherche à se maintenir au pouvoir par la terreur et il apporte, dans l'exercice de la dictature, une telle fureur sanguinaire qu'on le soupçonne atteint d'aliénation mentale.
Le général Hippolyte a remplacé, on se le rappelle, le général Légitime que toute l'Europe avait reconnu, mais qui, depuis, a été condamné par le sort des armes, à la suite d'une guerre civile qui a duré plusieurs mois. Le pays s'était partagé en deux camps. Légitime était maître à Port-au-Prince; Hippolyte jouait au souverain au Cap haïtien. Ce dernier a réussi à organiser ses forces de manière à l'emporter sur son rival et à le mettre en fuite, et l'Europe a dû reconnaître son gouvernement, qui était le gouvernement de fait. Des conspirations se sont tramées, mais le général Hippolyte les a découvertes et les conspirateurs ont été mis en prison. Leurs amis ont trouvé le moyen de les délivrer et ils ont marché sur l'arsenal. Mais leur tentative a échoué et Hippolyte, qui en avait été prévenu, est sorti de son palais à la tête d'une bande de forbans prêts à toutes les besognes. Il a fait fusiller tout ce qu'il rencontrait.
Sur son chemin s'est trouvé un honorable commerçant, M. Rigaud, qui a invoqué en vain la qualité de Français. Il n'a pas été écouté et a été fusillé sur l'heure comme les autres.
Ce meurtre a provoqué, on le comprend, un véritable mouvement d'indignation dans notre pays. Il est vrai qu'informations prises, la qualité de Français, dont avait cherché à se prévaloir le malheureux Rigaud, n'a pas été officiellement reconnue. Rigaud avait fait les démarches nécessaires auprès de la légation pour l'obtenir et n'y avait pas encore réussi. Toutefois, le refus de la légation de France n'avait pas été notifié au gouvernement du général Hippolyte. Cette circonstance permettait à notre gouvernement d'agir, et, avec une promptitude dont l'opinion lui sait gré, M. Ribot a chargé notre représentant à Haïti de réclamer une indemnité au gouvernement haïtien, pour ce meurtre accompli en violation du droit des gens. Le ministre des affaires étrangères verra la suite qu'il convient de donner à cette affaire, d'après l'accueil qui sera fait à cette première demande de réparation.
Nécrologie.--M. Auguste Marcade, publiciste.
M. Noblot, ancien député.
M. Mahou, ancien agent de change.
M. Albert Ducroz, député de la Haute-Savoie.
Le comte David de Fitz-James.