La rade est protégée, sur le front de mer, par une grande île montueuse aux formes tourmentées, l'île Russe (Rouski) qui crée en avant d'elle deux goulets, le Bosphore oriental et le Bosphore occidental ou détroit de l'Ouest. Cette île était déjà au début des hostilités couverte de fortifications, innombrables aujourd'hui.
Le port se trouve, enfin, au fond d'une rade merveilleuse, la Corne d'Or, de 6 kilomètres de longueur, assez profonde pour être accessible tout entière et à toute marée aux plus grands navires, assez grande pour pouvoir donner l'hospitalité à toutes les flottes du monde réunies. La Corne d'Or est protégée des vents de tous côtés par les sept collines qui l'entourent, hauteurs couvertes, elles aussi, de forts permanents et de travaux multiples. On peut donc dire que, du côté de la mer, Vladivostok est inabordable.
A côté de ces avantages considérables, ce grand port souffre d'un grave défaut: plus éloigné que Port-Arthur des courants chauds bienfaisants, il voit tout le long des côtes la mer se geler pendant environ trois mois par an, généralement de la mi-décembre à la mi-mars. La Corne d'Or, elle, n'est prise, en moyenne, que pendant une quinzaine de jours.
La glace n'est d'ailleurs pas un obstacle absolu: les Russes au moyen de deux puissants brise-glace, dont le principal est le Baïkal de 4.000 tonneaux, ont toujours pu assurer, en plein hiver, les actives transactions commerciales du port, en ouvrant un chenal aux navires; mais il ne faut pas se dissimuler que ce mode de passage n'est pas très favorable aux évolutions d'une escadre battue ou poursuivie. C'est pour cette raison que l'escadre de la Baltique n'a aucun intérêt, fût-elle même suffisamment renforcée, à tenter la lutte contre la flotte japonaise avant l'époque du dégel. Du côté de la terre, la situation de Vladivostok est également fort avantageuse: la péninsule est couverte de montagnes de 200 à 500 mètres d'altitude, solidement fortifiées, offrant toute une série de défenses successives qui rappellent celles du Kouang Toung, avec cette différence qu'elles sont appuyées sur des ouvrages de fortification permanente construits à loisir, au lieu des ouvrages improvisés des avant-lignes de Port-Arthur, dont l'enlèvement a cependant demandé aux Japonais trois mois de lutte sanglante. S.-F.
Carte de Vladivostok et de ses abords, dressée d'après les documents les plus récents.
LA DERNIÈRE BASE NAVALE DES RUSSES EN EXTRÊME-ORIENT
LA FIN DE LA RÉSISTANCE DE PORT-ARTHUR
Le général Stoessel visite dans les défenses avancées les survivants de cinq jours et cinq nuits de combat.
«Grand souverain, pardonne-nous, nous avons fait ce que humainement il était possible. Juge-nous, mais miséricordieusement. Pendant presque onze mois, une lutte ininterrompue a épuisé nos forces; un quart seulement, dont moitié même sont malades, des défenseurs occupent sans secours 27 verstes de forteresse sans pouvoir même alterner pour un court repos. Les hommes sont devenus des ombres.»
Télégramme du général Stoessel à l'empereur Nicolas II. 1er janvier 1905.