M. PAUL DOUMER

M. Paul Doumer vient d'être élu à la présidence de la Chambre des députés, battant de vingt-cinq voix M. Henri Brisson, président sortant. C'était depuis longtemps déjà un de nos hommes politiques les plus en vue et il en est peu qui, avant la cinquantaine, aient une carrière aussi bien remplie.

Ses débuts dans la vie furent très modestes. Né à Aurillac (Cantal) en 1857, il passe de l'école primaire à l'atelier d'un fabricant de médailles, où il entre comme apprenti. Plus tard il professe les mathématiques au collège de Mende, puis au lycée de Laon: l'instruction secondaire acquise en «piochant» dur, en dehors du travail manuel, a fait de l'artisan un licencié ès sciences. Lorsqu'il quitte l'Université pour prendre la direction d'un journal républicain de l'Aisne, M. Doumer n'a pas trente ans; une fois sur le chemin de la politique, il avancera d'un pas rapide et sûr: député de son département d'adoption en 1888, de l'Yonne en 1893, réélu dans l'Aisne en 1902; rapporteur de plusieurs lois importantes; ministre des finances du cabinet Léon Bourgeois, en 1895; appelé en 1896, sous le ministère Méline, au poste de gouverneur général de l'Indo-Chine, qu'il occupa cinq ans en y montrant de remarquables capacités d'administrateur. Hier, l'ancien ministre des finances présidait la commission du budget; aujourd'hui, le voilà élevé à l'une des plus hautes situations de la République.

En voyant M. Doumer, toujours jeune et alerte, monter au fauteuil, il nous souvient du temps où, attaché au président Floquet en qualité de chef de cabinet, il marchait dans l'ombre solennelle et tutélaire de cet homme d'Etat. Maintenant, c'est pour lui que les tambours battent aux champs et que retentit la voix sonore de l'huissier annonçant: «Monsieur le Président!» Il a bien le droit d'en éprouver quelque fierté, étant surtout, comme on dit, le fils de ses oeuvres.

LA TOMBE DE KRUGER

L'Angleterre, en la circonstance, généreuse, humaine, a permis que le cercueil du président Kruger fût ramené au Transvaal. L'«Oncle Paul» dort maintenant son dernier sommeil parmi les siens, dans la terre natale, au cimetière de Pretoria, où sa tombe a été ouverte à la suite de celles de son petit-fils, de son fils et de la vaillante compagne de sa vie.

Jusqu'au suprême moment où il vint rejoindre là les êtres chers, la fatalité semble s'être acharnée sur le malheureux vieillard. Un de nos correspondants nous rapporte un incident qui a failli retarder ses obsèques définitives.

Le corps devait être exposé, pendant une semaine, dans la vieille église de Pretoria, maintenant abandonnée et remplacée par un temple tout neuf. Mais, le clocher de cette église ancienne menaçant ruine, on voulut, craignant quelque accident, l'abattre avant de permettre à la foule de pénétrer dans l'édifice. L'opération fut malheureusement conduite et fut à deux doigts de tourner à la catastrophe. Le clocher, sur lequel on avait équipé des câbles, tirés par des automobiles, s'écroula de façon si malencontreuse qu'il produisit de graves dégâts et qu'on dut hospitaliser le cercueil dans un autre immeuble religieux, la Suzanna hall. C'est de là que la dépouille mortelle de Kruger est partie pour aller reposer auprès des siens.

AU CIMETIÈRE DE PRETORIA.--Les tombes de la famille Kruger.
(A gauche: la tombe du petit-fils de l'ex-président: Paul Kruger; puis celle de son fils: Pierre; celle de sa femme et, enfin, à droite et ouverte, celle prête à recevoir le cercueil de l'ex-président.)--
Phot. comm. par M. Gh. Laine.