Les Siamois sont des bouddhistes orthodoxes, et ils le sont avec ferveur. Leur ardeur religieuse s'atteste de la manière la plus manifeste par le grand nombre de bonzes qu'ils nourrissent et entretiennent. Elle s'affirme encore par la multiplicité des pagodes et des sanctuaires. Les riches, non contents de faire des donations, construisent un temple qu'ils se plaisent à enrichir et où doivent être déposées leurs cendres: les pauvres donnent au moins une idole du bouddha. Enfin, la profondeur du sentiment religieux de ce peuple éclate dans la vénération dont est entouré le roi.

Les titres les plus pompeux lui sont prodigués. Il est par excellence le Phrah, vieille expression cambodgienne qui peut se traduire par «saint, divin, dieu, sacré, auguste», et qui s'applique, en effet, au bouddha, aux dieux, au roi, aux princes, aux bonzes. Il est encore le Brah Pad Samtac, «seigneur aux pieds sacrés», le Chao Jivit, «maître des vies», le Chao Phen Ti, «maître de la surface de la terre», le Brah Maha Krasat, «le saint et grand roi». Tels sont les titres qui appartiennent à ce souverain, qu'un de nos instantanés représente cependant sous une tenue sans faste, avec des allures simples, modestes et qui a bien un peu l'air, s'il est permis de dire, d'un de nos officiers coloniaux. Dès que le nouveau roi a reçu la douche, l'ondoiement symbolique de la grande «purification» qui lui vaut un de ses titres, celui de Pavitra, il est tenu d'aller vénérer les cendres de ses ancêtres et prédécesseurs dans le temple «de la grande tour», Maha Prasat, qui s'élève dans l'enceinte même du palais royal. Chaque année, à peu près vers la même époque,--octobre ou novembre,--il se rend solennellement dans les grands temples de Bangkok, pour faire ses dévotions au bouddha et offrir aux bonzes ses présents, les «Phra Kabhin». Les cendres de ses ancêtres sont portées devant lui et entrent avant lui dans le temple. C'est ce pèlerinage que représentent les dernières de nos photographies. Le roi se rend aux grands temples soit en voiture, soit parfois à pied, soit, le plus souvent, en barque. Selon Gervaise, le roi de Siam, dans ses sorties en bateau, était assis sur un trône couvert de beaux tapis et enrichi de pierres précieuses; il était entouré de six pages prosternés. Cent vingt rameurs, appelés «bras peints» parce que telle était leur coutume, manoeuvraient en cadence leurs rames dorées, en chantant à voix basse des airs qui devaient être anciens et traditionnels. A l'arrière, un petit étendard, fait d'une feuille d'or, distinguait la pirogue, le balon royal, dont le timonier était frappé s'il se laissait emporter par le courant et décapité s'il tombait à l'eau sans que son timon fût cassé dans ses mains. Deux balons d'honneur flanquaient celui que montait le roi: d'autres, en grand nombre, le suivaient ou le précédaient. Le lecteur pourra s'assurer par nos illustrations photographiques de l'exactitude de ces descriptions. G. R.

Les princes, frères du roi, photographiant le cortège. S. M. le roi Chulalongkorn en palanquin.

LE DÉFILÉ SUR LE MENAM DES BARQUES ROYALES ET PRINCIÈRES.--La grande barque-pagode est celle qui précède toujours la barque royale; elle porte les cendres des ancêtres de la dynastie.

Documents et Informations.

UNE LOCOMOTIVE SANS CHARBON NI EAU.

Une locomotive est actuellement en construction pour le Southern Pacific railroad, aux Etats-Unis, qui, si l'on en croit certains experts, est destinée à révolutionner les transports par voie ferrée. Ne nous hâtons toutefois pas trop de nous émouvoir; ce n'est pas la première fois qu'on nous annonce des révolutions de ce genre. La nouvelle locomotive marche électriquement, mais elle produit elle-même son électricité; elle consiste en un moteur à combustion interne du type non explosif qui actionne une dynamo. Aussi cette locomotive n'a-t-elle ni charbon ni eau; elle ne fait point de poussière ni de fumée. Elle marchera à 160 et 180 kilomètres à l'heure, sans difficulté, et porterait sans peine avec elle le combustible nécessaire à un trajet de près de 5,000 kilomètres. Ce qui caractérise la nouvelle locomotive, c'est qu'au lieu d'envoyer dans l'atmosphère 90% de l'énergie disponible dans la houille, en n'en conservant que 4% dans les chaudières, ce qui fait qu'à la roue on n'en a que 2 1/2%, son coefficient d'utilisation est de 38% au point de vue thermique, l'utilisation aux axes étant de 28.35: onze fois ce que donne la locomotive. Le moteur est à quatre temps. Un réservoir à air comprimé actionne un piston qui aspire de l'air; au second temps, l'air est comprimé à haute pression et à haute température; au troisième temps, du pétrole est injecté dans cet air incandescent; au quatrième, a lieu l'expulsion du gaz. C'est au troisième temps que se fait le travail: la combustion du pétrole se fait pendant une partie du temps seulement.