La métairie de la Terrasse, à Marsanne, près Montélimar,
où est morte Mme Loubet.
Cette métairie, «la Terrasse», comme l'appellent les gens du pays, elle ne l'avait jamais quittée. Longtemps, jusqu'à son veuvage, elle y partagea les travaux de son mari, cultivateur aisé faisant valoir lui-même; ses trois enfants, deux fils et une fille, y naquirent; naguère, octogénaire extraordinairement valide et alerte, elle la dirigeait encore.
Il y a près de six ans déjà, lors de l'élection présidentielle du 18 février 1899, l'Illustration a publié, dans ce cadre rustique si bien adapté à sa physionomie, le portrait de la bonne «dame de campagne». Telle elle était
Mme Loubet, mère du président de la République. restée, fidèle à ses vieilles habitudes, offrant par la simplicité de sa vie un exemple à souhait pour l'antithèse classique chère au poète.
Certes, l'élévation de M. Emile Loubet au faîte du pouvoir ne la trouvait pas indifférente; elle en éprouvait une légitime fierté. Mais ce sentiment si naturel se voilait parfois, dit-on, de quelque regret, de quelque mélancolie; son bon sourire s'effaçait à la pensée que «son fils» là-bas, dans «ce Paris», parmi les honneurs, devait avoir bien du tracas.
Le président, qui affectionnait beaucoup sa mère, allait la voir aussi souvent que les obligations de sa charge lui en laissaient le loisir. Sa dernière visite à Marsanne, toute récente, date du commencement de janvier; une semaine s'était à peine écoulée depuis cette réunion familiale du nouvel an, lorsqu'il lui a fallu retourner vers la maison en deuil pour accomplir les suprêmes devoirs de la piété filiale.
E. F.
LES FUNÉRAILLES DE Mme LOUBET MÈRE.--Le cortège se rendant de la maison mortuaire à l'église de Marsanne. Photographie de notre envoyé spécial.