La décoration prussienne "Pour le Mérite"
décernée par l'empereur Guillaume II aux
généraux Stoessel et Nogi.

UN GESTE DE GUILLAUME II

Au lendemain de la reddition de Port-Arthur, l'empereur Guillaume II, à qui ne déplaisent pas les gestes à effet, faisait annoncer qu'il décernait aux généraux Stoessel et Nogi, pour rendre hommage à la bravoure dont ils avaient fait preuve, eux et leurs troupes, pendant le siège, la croix de l'ordre Pour le Mérite, le plus élevé et le plus envié des ordres militaires prussiens, le pendant du Saint-Georges russe.

L'ordre Pour le Mérite--dont il a été créé, plus tard, une branche réservée aux civils--fut fondé, en 1740, par le grand Frédéric, pour récompenser les faits d'armes et les actions d'éclat. Il remplaçait l'ordre de la Générosité, établi cent ans plus tôt par le prince électeur de Brandebourg. L'insigne, porté en sautoir, suspendu à un ruban noir à deux lisérés blancs, est formé par une croix à huit pointes, en émail bleu, anglée d'aigles. Sur les branches, on lit en français: Pour le Mérite.

La décision de l'empereur allemand a été immédiatement notifiée aux deux généraux en deux longs télégrammes qui soulignaient la valeur de la distinction.

La réponse du général Stoessel, parvenue à Berlin presque en même temps que celle de son adversaire, est assez mélancolique:

Le télégramme de Votre Majesté, dit-il, m'est parvenu dans un des moments les plus pénibles de ma vie. Je suis, ainsi que la garnison de la forteresse, profondément touché et honoré par cette nomination dans le haut ordre de la Prusse, qui m'honorera jusqu'aux dernières heures de ma vie. Puisse Votre Majesté être convaincue de ma reconnaissance pour la grâce qu'elle m'a faite!

J'ai l'honneur de saluer Votre Majesté en mon nom et au nom de mes soldats.

Il est à croire, en effet, qu'en ces jours douloureux le vaillant défenseur ne devait guère rêver de rubans et de chamarres. Mais l'étiquette est là, devant laquelle il faut bien s'incliner, quoiqu'on en ait.