En 1863, Barrias, grand prix de sculpture, partit pour Rome. Mais déjà il avait figuré au Salon avec des bustes que des critiques, des artistes avaient remarqués: celui de son père, celui du peintre Jazet, celui de Jules Favre, de son maître Cavelier. Il devait y réapparaître avec la Jeune Fille de Mégare qui fut son premier franc succès et lui valut la première de ses médailles. Cette figure de marbre, sans parler des mérites de son exécution, possède un charme juvénile, une joliesse naturelle qui justifient, certes, l'accueil très chaleureux qu'elle reçut. Deux ans après, en 1872, avec le Serment de Spartacus, qui décore l'un des socles des Tuileries, Barrias devait donner une note toute différente et montrer une vigueur mâle que bien peu de ses oeuvres ont accusée, par la suite, à un degré égal et avec autant de bonheur.

Mais ce fut son envoi de 1878 qui l'amena tout à coup au premier plan et lui conquit la gloire. C'était le plâtre des Premières Funérailles, qu'il allait tailler dans le marbre un peu plus tard et qu'on revit sous ce nouvel aspect au Salon de 1878, sans la moindre déception,--fortune qui n'échoit qu'aux oeuvres fortes.

Les deux exemplaires des Premières Funérailles appartiennent à la Ville de Paris: le plâtre original a remplacé, maintenant, à l'Hôtel de Ville, le marbre confié au Petit Palais des Champs-Élysées. C'est, bien évidemment, un morceau qui gardera sa place dans l'histoire de la sculpture contemporaine que ce groupe très noble, d'un arrangement irréprochable, d'une émotion contenue, tempérée par ce qu'on pourrait appeler la pudeur académique, par cette convention d'école qui interdit les désespoirs trop véhéments et jusqu'aux larmes, et qui se manifeste encore jusque dans le choix des types, toujours beaux, sans tares corporelles.

Mozart enfant.
--Phot. Goupil.

En 1881, avec le monument de la Défense de Paris, érigé au rond-point de Courbevoie, Barrias se mesurait avec la sculpture monumentale. L'année suivante, il donnait la Défense de Saint-Quentin. Plus récemment, avec le Monument de Victor Hugo, inauguré en 1902, il revenait à ses périlleuses amours, un moment oubliées et qui ne lui avaient pas donné tous les sourires qu'il eût pu désirer.

Nous avons publié, lorsque l'actualité y était, ces divers monuments. Barrias y demeure un artiste sûr de sa main, ingénieux dans ses inventions; il y montre d'heureuses trouvailles. Il manque à ces grandes machines quelque chose pour forcer l'admiration.

Le Mozart enfant, dont le plâtre figura au Salon de 1883, est sans doute la plus populaire de ses figures. Elle semble résumer à merveille et complètement les qualités de son talent, une incomparable souplesse de facture, une imagination affinée, inclinée vers le gracieux, vers l'aimable. Le mouvement de cette figure enfantine et déjà grave, déjà inspirée, déjà géniale par la pensée que reflète la physionomie, est d'une justesse, d'un naturel charmants. C'est d'un art séduisant comme certaines statues du dix-huitième siècle, presque des bibelots par l'élégance et le fini.

Les Premières Funérailles. (Salon de 1878.)