Au bout de huit ans, le conscrit volontaire a conquis l'épaulette; en 1848, il est capitaine adjudant-major au 11e léger, après avoir guerroyé en Kabylie. En 1850, il tient garnison à Angers, au moment de la fameuse catastrophe du pont suspendu, dont la rupture précipite dans la Maine trois compagnies de son régiment. Deux cents hommes périssent engloutis; lui, échappe à la noyade et accomplit plusieurs sauvetages qui lui valent la croix. En Crimée, il prend part aux batailles de l'Alma, d'Inkermann, de Traktir, au siège de Sébastopol; à Malakof, une poudrière, en sautant, l'ensevelit sous ses décombres; il se relève assez valide pour recevoir sa promotion de chef de bataillon. Et, en 1859, on retrouve le commandant Desmarest en Italie, où, avec le 52e de ligne, il se signale par sa bravoure, le soir de Magenta. A la fin de 1862, il quitte l'armée, comptant trente ans de service, douze campagnes, huit blessures; mais la guerre de 1870 ravive l'ardeur belliqueuse du vaillant retraité de soixante-cinq ans: il organise un corps de francs-tireurs et reçoit une neuvième blessure,--dont il guérit...

N'est-elle pas vraiment curieuse, l'histoire de ce centenaire qui a gagné haut la main la gageure qu'il semblait avoir faite avec la mort?

Citoyen de Melun depuis trente-trois ans, M. Desmarest y a tout doucement atteint sa «centième», entouré par une gouvernante dévouée, Mlle Marie Brunet, d'une sollicitude quasi filiale.

Il n'a pas de descendance, car il est resté célibataire: en biographe consciencieux, nous constatons simplement le fait, sans y entendre malice; il serait d'ailleurs aussi téméraire que peu galant de le rattacher à la psychologie de la longévité.
E. F.

Mouvement littéraire.

La Victoire à Sedan, par Alfred Duquel (Albin Michel, 3 fr. 50).--Mémoires de Mme Roland, nouvelle édition critique, par Cl. Perroud (Plon, 2 vol., à 5 fr. chacun).--Le Pape et l'Empereur, par Henri Welschinger (8 fr.). --Sur la pierre blanche, par Anatole France (Calmann-Lévy, 3 fr. 50).

La Victoire à Sedan.

Le 1er septembre 1870, le commandement du maréchal de Mac-Mahon était remis, vers huit heures, au général Ducrot. La retraite sur Mézières était-elle praticable? Peut-être le 31 août aurait-on pu y songer, mais, le lendemain, la route était complètement fermée par les forces allemandes; tous les canons de la quatrième armée prussienne étaient installés le long du bois de la Félizette et de chaque côté de la ligne de Mézières. Comment faire passer sous leur feu une cohue démoralisée? Mais y avait-il un endroit par où l'on pouvait sortir de cet entonnoir de Sedan où l'armée française avait été conduite? Oui, et c'était Bazeilles-Carignan, affirme M. Duquet, avec le général de Wimpfen, le général Chanzy et M. Jules Claretie. Là, le général Lebrun était vainqueur des Bavarois, qu'il avait décimés. En continuant de garnir les hauteurs de Saint-Menges et en jetant de bonne heure, le 1er septembre, les troupes sur ce point, au lieu de les diriger vers l'ouest, il était même possible de changer la déroute en triomphe. «Pour le moment, disait M. Wimpfen à M. Ducrot, Lebrun a l'avantage; il faut en profiter. Ce n'est pas une retraite qu'il nous faut, c'est une victoire.»

Au début de la guerre, les fautes de tactique du commandement prussien furent innombrables; à Spickeren, à Saint-Privat, la victoire vint, à plusieurs reprises, se poser jusque dans nos mains sans qu'on ait su la retenir. A Sedan même, un véritable homme de guerre, dès le commencement de la lutte et au dernier moment même, le 1er septembre, eût culbuté l'ennemi, de telle sorte qu'au lieu de la capitulation nous eussions eu la victoire de Sedan.

M. Alfred Duquet, dont l'oeuvre militaire est si considérable et le patriotisme si éclairé, nous raconte nos désastres et montre comment on aurait pu les éviter.