Il n'est pas indifférent de les relire, si l'on veut juger l'ensemble de son oeuvre et l'évolution de son talent. Ils sont harmonieux, sonores, vigoureusement forgés et, comme ceux de Mme Ackermann, imprégnés de philosophie. Ils se rattachent un peu par l'inspiration, et assurément par la forme, à l'école de Leconte de Lisle. Ainsi que son maître, Daniel Lesueur a déserté les sentiers adorables de la foi pour la route plus rude et plus âpre de la science. Je crois bien qu'elle a été darwinienne: cela semble ressortir de ses poèmes, empreints du sentiment de la vanité des choses et de leur perpétuelle évolution. Ce moi dont nous sommes orgueilleux, qu'est-ce au juste? Un vain souvenir dans une frêle image. Nous sommes plongés au sein d'un songe. Notre personnalité est chimérique comme les phénomènes où elle est mêlée. Elle est constituée par le reflet d'hérédités vagues et lointaines.

Dans mon coeur frémissant, dans ma chair douloureuse,

Ce qui le mieux échappe à l'incessante mort,

A l'évolution puissante et ténébreuse

Qui partout en secret active son effort,

C'est ce qui n'est pas moi: l'ineffaçable trace

Qu'a gravée en mon sein la foule des aïeux.

Ma joie et mes douleurs sont celles de ma race,

Et le feu de son âme éclate dans mes yeux.

[Note 1: Par suite d'une erreur d'impression, le faux titre de la Force du Passé porte la mention «Illustrations de Simont». au lieu de «Illustrations de Marchetti». Nous faisons réimprimer un faux titre correct que nous adresserons, sur leur demande, à ceux de nos abonnés qui font relier nos romans.]