La nouvelle cathédrale protestante s'élève sur le bord de la Sprée, à proximité du château royal et du musée d'art, séparés par la promenade Sous les Tilleuls. D'un aspect assez lourd dans son ensemble, cet énorme édifice est d'un style hybride, se rattachant surtout à la Renaissance italienne; une profusion d'ornements et de statues en surcharge la décoration à l'intérieur comme à l'extérieur. Le projet d'édification de ce temple remonte au seizième siècle, et plusieurs rois de Prusse, entre autres le grand Frédéric, s'en préoccupèrent, sans toutefois le mener à bien; c'est vers 1894 que furent entrepris les travaux définitifs, sur les plans de l'architecte Raschdorff, et celui-ci en poursuivit l'exécution avec le concours de son fils. La forêt d'échafaudages masquant la construction laborieuse du Dôme vient enfin d'être abattue, et l'événement a pris d'autant plus d'importance aux yeux de Guillaume II qu'il se flatte d'avoir doté sa capitale d'un imposant monument religieux qui, dans sa pensée, doit être pour les protestants ce que Saint-Pierre de Rome est pour les catholiques.
EUGÈNE GUILLAUME
Eugène Guillaume.
--Phot. Braun, Clément et Cie.
Eugène Guillaume, l'éminent statuaire, n'aura pas survécu longtemps à son départ de la Villa Médicis, où M. Carolus-Duran le remplaçait, en qualité de directeur, au commencement de cette année. En prenant sa retraite, il n'avait pas renoncé au séjour de Rome, et, quand il dut céder la place à son successeur, il s'installa dans un hôtel voisin de sa chère Villa, qu'il ne quittait qu'à regret. C'est là que, atteint d'une bronchite grippale, il vient de s'éteindre, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.
Né à Montbard (Côte-d'Or), le 4 juillet 1822, Eugène Guillaume, élève de Pradier, remportait, en 1845, à vingt-trois ans, le grand prix de Rome, avec un Thésée trouvant sur un rocher l'épée de son père. Il avait conquis depuis longtemps déjà ses titres à la maîtrise lorsque, en 1862, il fut admis à l'Institut, section des beaux-arts; trente-six ans plus tard, en 1898, l'Académie française, appréciant la valeur de l'écrivain, auteur de nombre d'études d'esthétique, l'accueillit à son tour, en l'élisant au fauteuil devenu vacant par la mort du duc d'Aumale. Il fut en outre directeur de l'administration et de l'Ecole des beaux-arts, puis professeur d'esthétique et d'histoire de l'art au Collège de France; enfin, en 1891, il avait remplacé le peintre Hébert à la direction de l'Ecole française de Rome.
Citons parmi ses principales oeuvres: les Gracques, au musée du Luxembourg, une des plus caractéristiques de son talent; le monument de Rameau, à Dijon, et celui de Colbert, à Reims; la statue de Claude Bernard devant le Collège de France; le fronton et les cariatides du Pavillon Turgot, au Louvre; la Musique (façade de, l'Opéra); les bustes de Ingres, Jean-Baptiste Dumas, Jules Ferry, Mgr Darboy, archevêque de Paris.
Le culte de l'antiquité classique, la recherche de l'idéal, la noblesse et la simplicité du style, le souci de l'harmonie, la conscience dans l'exécution, telles sont les règles auxquelles Eugène Guillaume resta fidèle durant sa longue et laborieuse carrière.
"Les Gracques", bronze par Eugène Guillaume (musée du Luxembourg).