Au théâtre de l'Athénée, MM. H Dumay et L. Forest ont donné la Petite Milliardaire. comédie fantaisiste en trois actes. On y fait gaiement le procès des moeurs américaines et particulièrement de la manie qu'ont certains Crésus du nouveau monde de rechercher pour leurs filles les décavés de l'aristocratie européenne; une agence matrimoniale dirigée par deux juifs polonais imagine un trust et toutes sortes de tours amusants pour canaliser à son profit les «bons à revenir» de ces unions dorées. Très bien montée, très bien jouée par Mlle Diéterle, MM. Lévesque, Milo et Beaudouin, cette pièce un peu folle, mais décente en somme, divertit beaucoup le public.
Le Châtelet voulait sans doute offrir aux enfants, grands et petits, un spectacle amusant et de merveilleux décors. MM. de Cottens et Darlay l'ont servi à souhait en lui donnant leur Tom Pitt, dont les exploits de pickpocket ne se réclament guère de l'art dramatique, M. Max Dearly dans le principal rôle, M. Pougaud et de jolis ballets, il n'en faut pas d'avantage pour réussir.
Au théâtre Cluny, MM. Daniel Riche et Léo Marchés nous content, un peu confusément peut-être, mais avec esprit, l'histoire d'une photographie féminine d'une pose plutôt libre, mais rendue anonyme par le loup qui couvre la figure. La Femme au masque est un bon vaudeville, dans le goût de ceux que le joyeux théâtre de la rive gauche a donnés avec succès.
La Société des Concerts Alfred Corlot a fait entendre dernièrement, au théâtre de la rue Blanche, une oeuvre admirable et presque inconnue de F. Liszt: la Légende de sainte Elisabeth. C'est une évocation magnifique du moyen âge mystique et guerrier: l'inspiration la plus haute contient et discipline le développement harmonique qui est d'une richesse et d'un coloris extraordinaires. L'orchestre, les solistes et les choeurs se sont montrés à la hauteur de l'oeuvre. On ne saurait trop féliciter M. Alfred Corlot de ses efforts vers le grand art et des résultats qu'il a déjà obtenus.
NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL
Nous publions aujourd'hui dans notre supplément un fragment de la belle partition de M. Alfred Bruneau, l'Enfant-Roi. Cet ouvrage vient de remporter à l'Opéra-Comique un succès éclatant et nous sommes heureux de féliciter le compositeur de sa franche et saine inspiration. De toutes les oeuvres écrites jus qu'ici par M. Bruneau, le Rêve, l'Attaque du Moulin, Messidor et l'Ouragan, l'Enfant-Roi nous séduit particulièrement par l'ensemble de ses qualités de grandeur, de sincérité, de charme et de mélancolie. L'orchestre, sans jamais couvrir les voix, reste vibrant, chatoyant, pittoresque, les thèmes sont développés et spirituellement transformés et cela sans monotonie ni complications agressives. L'interprétation fut excellente, la mise en scène exquise.
Nous publions aussi une Romance extraite des Dragons de l'Impératrice, le triomphe actuel du théâtre des Variétés. Cet opéra-comique d'une rare élégance musicale, très supérieur aux musiques d'opérettes, est dû à la plume de M. André Messager, l'auteur des P'tites Michu, de la Basoche et d'un chef-d'oeuvre que nous aurons prochainement la joie d'applaudir rue Favart, Madame Chrysanthème.
L'AFFAIRE BONMARTINI.--Les débats de l'affaire Bonmartini devant la cour d'assises de Turin, qui avaient été interrompus à cause des élections générales en Italie, ont repris le 21 février et se poursuivent lentement depuis cette date. L'interrogatoire des accusés est commencé. A tour de rôle chacun d'eux est extrait de la cage de fer, pour répondre aux questions du président Dusio, vient s'asseoir près des caisses renfermant les pièces à conviction. Et une assistance aussi nombreuse que le comporte l'étroite salle se presse pour apercevoir la comtesse Linda, son frère Tullio Murri et leurs coïnculpés.
A TURIN.--L'affaire Bonmartini en cour d'assises: interrogatoire de la comtesse Linda.--Phot. Nino Fornari.