Vous plait-il, maintenant, de connaître l'homme qui a peut-être le plus contribué à nous apporter cette révélation?

Jimmy Hare, citoyen américain, a cinq pieds cinq pouces. C'est donc un tout petit homme, aux environs de la cinquantaine. Depuis le commencement de la campagne, une barbe opulente lui est poussée, une barbe bien slave, qui lui donne une ressemblance vague avec feu l'amiral Makharof. Et comme, avec cela, il monte le plus gros, cheval, sans doute, de toute l'armée japonaise, un robuste trotteur australien, on le prendrait volontiers, à la taille près, pour un Russe pur sang.

Jimmy Hare n'est pas, selon sa propre expression, un de ces «pousse-boutons» comme vous ou moi, et un tas d'autres, reporters, voyageurs, explorateurs et, par-dessus le marché, photographes, qui, partant d'un pied léger à la recherche de sensations neuves, se munissent, à tout hasard, d'un appareil portatif, simple et commode à manoeuvrer, afin de pouvoir, au besoin, rapporter quelques clichés. Jimmy Hare est essentiellement, exclusivement, le «reporter photographe», et l'on ne saurait assez dire quel tranquille courage il déploie dans l'accomplissement de sa rude et périlleuse mission et de quelle passion il aime son métier, avec ses risques, ses joies, parfois, ses souffrances!

Lors de la bataille de Wi-Ju, pour avoir le «détail» qui seul importe, à son avis, il n'hésita pas, trompant la surveillance des censeurs, à courir au coeur de la bataille. Il fut le premier des correspondants de guerre qui passa le Yalou, se traînant, à genoux dans les sables. Son serviteur l'avait abandonné, son cheval était fourbu; mais, le lendemain matin, pâle, tremblant la fièvre, il développait, joyeux au fond de l'âme, les plus beaux, les seuls clichés qu'on ait pris là.

Après Liao-Yang, égaré dans la ville, sans couvertures, sans abri, couchant sur la terre, se nourrissant de blé vert, il demeurait plein de sérénité.

Ceux qui ont vu et qui verront les centaines d'images saisissantes qu'il a envoyées du théâtre de la guerre ne sauront jamais les peines qu'elles ont coûtées.--G. B.

OKU, NOGI, KUROKI, NODZU.
Les généraux commandant les quatre armées japonaises, sous les ordres du maréchal Oyama.

FIN DE LA BATAILLE DE MOUKDEN La bataille de Moukden, dont nous avons, la semaine dernière, esquissé la première partie jusqu'au 7 mars, a abouti pour la Russie à une terrible défaite.

Les circonstances de cette formidable mêlée, qui a mis aux prises huit cent mille hommes pendant douze jours, ne sont pas encore complètement éclaircies, et ce n'est que beaucoup plus tard qu'on pourra tracer un tableau exact et détaillé de cette bataille, où le maréchal Oyama et ses lieutenants, les généraux Kuroki, Nodzu, Oku et Nogi, ont triomphé avec une si écrasante supériorité. Pourtant la carte ci-contre résume graphiquement, aussi clairement que possible, les données fournies jusqu'à présent, par les dépêches.