Zenagui. M. de Segonzac.
La mission de Segonzac sur un sommet
de l'Atlas. D'après une épreuve
communiquée par M. L. Bouet.
Cette fois, la mission de Segonzac avait quitté Marseille le 1er novembre 1904. Elle se composait de: MM. de Segonzac, Gentil, maître de conférence de géologie à la Sorbonne, R. de Flotte Roquevaire, cartographe, Boulifa, professeur à l'École des lettres d'Alger, interprète berbère, et Abd el Aziz Zenagui, professeur à l'École des langues orientales de Paris, interprète arabe. Cette mission était entrée en territoire marocain par Mogador. Depuis son départ, on n'avait eu à son sujet que très peu de nouvelles. Dernièrement, le Comité du Maroc avait appris qu'afin de se mouvoir avec plus de sécurité, la petite troupe s'était divisée en trois: M. Gentil explorait, au point de vue géologique, la région de Marrakech, tandis que M. de Flotte Roquevaire faisait de la triangulation dans le Haut-Atlas.
Quant à M de Segonzac, accompagné de ses deux interprètes berbère et arabe, il se dirigea sur l'Est marocain, vers l'Atlas. L'itinéraire qu'il suivit part de Demnat, passe par la zaouia d'Ahansal, la zaouia d'Amhaouch, coupe le Haut-Atlas au col de Tounfit et aboutit au mont Aiachi. Ce dernier point est une montagne de 4.200 mètres d'altitude qui est le noeud des massifs du Haut et du Moyen-Atlas. En parvenant jusqu'au pied de l'Aiachi, M. de Segonzac a comblé le dernier grand blanc restant sur la carte du Maroc.
De l'Aiachi, le voyageur se dirigea vers l'Anti-Atlas. C'est de cette région, de la zaouia Sidi-el-Haouari, dans le Ferkla, à deux jours du Tafilalet, que, pour la dernière fois, on eut de ses nouvelles. Il se proposait de revenir par l'oued Dra, l'oued Noun et la partie supérieure de la vallée de l'oued Sous. M. de Segonzac a donc été fait prisonnier en accomplissant la dernière partie de son magnifique voyage. À ce moment, il était seul avec son interprète arabe, son interprète berbère étant retourné à Marrakech. Fort heureusement, Abd el Aziz Zenagui put s'échapper, on ne sait pas encore comment, se rendre à Mogador et télégraphier la nouvelle de la capture de M. de Segonzac.
À l'instant même où le Comité du Maroc recevait cette nouvelle, lui parvenaient plusieurs caisses remplies de documents et de photographies expédiés par M. de Segonzac et résultant de sa belle exploration. Les deux panoramas que publie aujourd'hui l'Illustration nous ont été obligeamment communiqués par le Comité du Maroc.
Il s'agit maintenant de délivrer le courageux Français victime, de son intrépidité. Le ministre des affaires étrangères est saisi de la question et les négociations vont commencer. Puissent-elles aboutir rapidement! André Mévil..
Vue de la chaîne, du Haut-Atlas, prise du col de Tounfit (27 janvier)
Les deux vues panoramiques reproduites ici ont été prises par la mission pendant qu'elle franchissait une région complètement inconnue dans le Haut-Atlas.