L'auteur de Scarron--la belle» comédie tragique» qui vient de triompher au théâtre de la Gaîté et que l'Illustration va publier--jouit d'une trop grande notoriété pour qu'il soit besoin de lui consacrer une biographie. Mais, en cette occurrence, un portrait tout récent, montrant l'éminent écrivain dans son cabinet de travail, agréera certainement au public, toujours curieux d'observer la physionomie des notoires contemporains «chez eux». Ce portrait offre d'autant plus d'intérêt qu'il atteste, en sa sincérité, l'étonnante verdeur de l'original. M. Catulle Mendès accomplira bientôt, sa soixante-quatrième année; or, plus de quarante ans de labeur littéraire n'ont ni atteint sa vigueur, ni épuisé la veine si riche que lui départirent de bonnes fées. Il continue de cumuler sans défaillance les besognes les plus variées, passant allègrement de la prose aux vers, du livre à l'article, du journal au théâtre. Et ce critique qui consacre tant d'heures de sa vie active à l'audition et au compte rendu des pièces des autres, trouve encore le temps d'en écrire lui-même de tout à fait remarquables!
JULES VERNE
JULES VERNE ET Mme JULES VERNE
Avec Jules Verne, qui vient de mourir dans sa soixante-dix-huitième année, disparaît un des écrivains les plus notoires du dix-neuvième siècle. Il a publié près d'une centaine de volumes, et certes un pareil bagage atteste une puissance de production peu commune; mais cette prodigieuse fécondité ne fut ni l'unique ni le principal mérite du laborieux auteur de toute une encyclopédie: il a d'autres titres, et supérieurs, à une célébrité du meilleur aloi.
Premièrement, il a été un novateur. «M. Jules Verne remplace les merveilles de la féerie par un merveilleux nouveau dont les notions récentes de la science font tous les frais. L'intérêt, habilement soutenu, y tourne au profit de l'instruction. On en rapporte, avec le plaisir d'avoir appris, le désir de savoir, la curiosité scientifique.» Ainsi s'exprimait, il y a quelque quarante ans, M. Patin, en un rapport sur les lauréats de l'Académie française. On ne saurait mieux définir le genre de littérature auquel reste attaché désormais le nom de son créateur. Celui-ci, d'ailleurs, prouva dès ses débuts qu'il y excellait; il y avait acquis une telle maîtrise que, s'il a fait école, il n'a pas trouvé d'imitateurs capables de l'égaler.
En 1861, un essai remarqué, Cinq semaines en ballon, apporté au Magasin d'éducation et de récréation, ouvrait la longue série des Voyages extraordinaires éditée par la maison Hetzel. Depuis cette époque lointaine, les ouvres de Jules Verne, en s'accumulant, ont formé une énorme collection. A quoi bon en dresser la liste ici? N'est-elle pas inscrite, pour ainsi dire, dans la mémoire de toute une génération? N'ont-elles pas eu, n'ont-elles pas encore des millions de lecteurs? N'ont-elles pas fourni, ne continuent-elles pas de fournir à la jeunesse le gros contingent des livres de prix et d'étrennes, aux bibliothèques scolaires et populaires un de leurs fonds les plus précieux? Et que de fois l'éditeur a reçu les doléances de bibliothécaires sollicitant le remplacement de leurs volumes, hors d'usage à force d'avoir été maniés! Ce simple fait matériel vaut d'être noté en passant, comme preuve décisive de la vogue persistante d'un auteur.
Jules Verne sur son lit de mort.--Phot. Douard.
La renommée de Verne ne se borne pas à la France, elle est universelle; ses ouvrages ont été traduits en toutes langues, même en arabe, en chinois, en japonais.