Chevaux de renfort.
Nous avons pris le premier de ces tramways au moment où, sa course finie à très petit trot, son conducteur le fait tourner pour le remettre dans le sens de sa nouvelle direction.
Le côté primitif de l'opération, la lenteur avec laquelle elle s'exécute et surtout l'attitude lamentablement éreintée de l'infortuné cheval constituent vraiment un document curieux au seuil du vingtième siècle.
Quant au tramway de la gare d'Orléans, c'est le dernier cri de la malpropreté et de l'incommodité. Il part toutes les heures; mais, avec les fringants coursiers qu'il possède, on ne sait trop quand on arrive. Aussi ses dix places de plate-forme et ses douze places d'intérieur sont-elles encore trop nombreuses pour les amateurs.
Sur d'autres lignes, comme Montreuil-Châtelet, on change les chevaux en cours de route. Les employés procèdent sûrement mais lentement à cette opération compliquée, bien convaincus que le public n'a qu'à attendre leur bon plaisir. Les compagnies plus jeunes de tramways de pénétration n'ont pas su mieux s'y prendre. Elles aussi ont fait, sur certaines lignes, des frais exagérés, allant souvent à rencontre du but proposé; sur les autres, il leur a fallu laisser subsister l'ancien matériel.
Chacun sait le supplice qui attend les voyageurs du groupe des tramways du Châtelet dans la longue montée de l'avenue des Gobelins. Les lourds véhicules vont désespérément au pas et le conducteur, qui marche pour se dégourdir les jambes, est souvent obligé de ralentir son allure pour permettre à ses rosses éreintées de le suivre.
La Ville, le département de la Seine, le gouvernement même se sont inquiétés de l'insuffisance réelle et de l'incommodité de la plupart de ces moyens de transport. Une grande commission extraparlementaire a été nommée qui a pour but d'étudier un projet de réorganisation complète, un plan d'ensemble visant à la fois les parcours, les types des voitures, le prix des places, les moyens de traction. La Compagnie générale des Omnibus, la plus intéressée dans l'affaire puisqu'elle possède 85 lignes d'omnibus et de tramways, transportant chaque année 250 millions de voyageurs, s'est émue à l'annonce de ces études. Elle a voulu frapper tout de suite un grand coup, et peut-être la fin prochaine de sa concession, en 1910, et le désir de la voir renouveler ne sont-ils pas étrangers à cet empressement, d'ailleurs louable. Quoi qu'il en soit, elle a l'intention d'installer, sur quelques-unes de ses lignes, surtout celles qui comportent de longues montées, des omnibus automobiles.
| Le tramway à unique cheval. | Rue des Martyrs: «... Trois forts chevaux tiraient un coche...» |