Ferdinand de Lesseps était consul de France à Barcelone quand, en 1842, Espartero, pour mettre fin à l'insurrection qui y avait éclaté, vint bombarder la ville. M. de Lesseps eut le courage d'offrir sa médiation et alla trouver l'impitoyable général. Grâce à son intervention, le bombardement fut arrêté, Barcelone, d'ailleurs, étant à demi ruinée.
Si la ville n'a jamais pardonné à la mémoire d'Espartero cette exécution sanglante, elle a, en revanche, gardé à Ferdinand de Lesseps une pieuse gratitude pour sa généreuse démarche.
Elle vient de l'attester encore en donnant le nom du créateur du canal de Suez à l'une de ses places publiques. La plaque indicatrice a été inaugurée le dimanche 2 avril, aux accents de la Marseillaise et en présence des trois fils de Ferdinand de Lesseps et de tout le corps consulaire de Barcelone.
Le grand bassin de radoub de Sidi-Abdallah (Bizerte).
Les nouveaux bassins de Sidi-Abdallah.
Le lundi 27 mars a eu lieu, à Sidi-Abdallah (Bizerte), l'inauguration des nouveaux bassins de radoub; malgré qu'elle se soit accomplie sans aucune solennité, elle a cependant l'importance d'un grand événement maritime. A partir d'aujourd'hui, nos escadres peuvent compter sur l'effectivité du point d'appui de Bizerte et y trouver refuge en cas d'avaries.
Les nouveaux bassins sont les plus longs et les plus vastes que nous possédions. Ils ne mesurent pas moins de 200 mètres. Les machines d'épuisement qui les pompent les vident en moins de trois heures et demie; on peut s'imaginer ainsi la puissance des turbines.
C'est un petit remorqueur de la direction du port de Bizerte, le Cyclop, et un ponton-grue, le Kébir, qui ont eu l'honneur d'entrer les premiers dans les formes de Sidi-Abdallah. Ils semblent deux pygmées perdus dans ces immenses cales sèches faites pour recevoir des cuirassés de 16.000 tonnes. Entre le Cyclope et le Kébir on pourrait encore loger un croiseur, et la grue, de ses bras démesurés, domine à peine la hauteur des parapets de 9m,50! Mais qui peut le plus peut le moins; l'essentiel c'est qu'après le Kébir et le Cyclope d'autres navires, plus sérieux, pourront suivre.
L'arsenal de Sidi-Abdallah est donc entré dans la phase initiale de développement. Ce travail gigantesque des bassins, poursuivi avec persévérance au fond du lac de Bizerte, dont la situation est privilégiée, fait le plus grand honneur à notre pays.