Le vin de groseilles.
A l'approche de l'époque où la terre recommence à nous donner ses produits, il nous paraît intéressant de faire connaître à nos lecteurs un mode d'utilisation des groseilles qui n'est pas très répandu jusqu'ici. Il s'agit de la préparation du vin de groseilles. Ce vin se conserve plusieurs années et fournit une boisson agréable et saine. Voici la recette: on cueille des groseilles parfaitement mûres, par temps chaud et sec de préférence; on les pose dans un cuveau ou tonneau bien propre et bien sec, où elles restent deux jours au sec. Puis on égrappe; et l'on écrase les groseilles en ajoutant du sucre et de l'eau dans les proportions de 10 litres d'eau contenant 4 ou 5 kilos de sucre blanc dissous, pour 5 kilos de fruits.
On abandonne le mélange à lui-même dans un cuveau ou un tonneau qu'on ne remplit pas au delà des deux tiers; on laisse fermenter quelques jours, en ayant soin de mélanger la masse deux ou trois fois par jour, au moins.
Après achèvement de la première fermentation, reconnaissable à ce que la proportion des bulles gazeuses a diminué, on presse, et le liquide est placé dans un petit tonneau ou une bonbonne, bien propre, où on laisse s'opérer une seconde fermentation qui dure un peu plus longtemps que la première. Après celle-ci, on soutire le liquide dès qu'il s'est éclairci, et l'on met en bouteilles. Celles-ci doivent être tenues couchées. Le vin de groseilles est d'une jolie couleur rouge rose; il est limpide, agréable au goût, devenant légèrement gazeux en bouteille. La proportion d'alcool est de 10 ou 12%; celle des acides libres, de 9 ou 10%. C'est donc une boisson qui supporte d'être additionnée d'au moins son volume d'eau. Mieux vaut la faire forte, selon la recette précédente, que d'essayer de fabriquer un vin moins alcoolique en diminuant la proportion de sucre. Ce vin plus faible ne se conserverait pas, au lieu que confectionné selon les indications que nous venons de donner, le vin de marc se conserve au moins un an et sans doute davantage. Avis à ceux de nos lecteurs qui, ayant trop de groseilles, voudraient les utiliser autrement qu'en confitures.
Le suicide en France.
De 1826 à 1900, le nombre des suicides s'est régulièrement accru en France, atteignant le nombre de 9.186 pour la période 1896-1900, soit une proportion de 23 sur 100.000 habitants.
Depuis 1900, le mouvement ascendant semble enrayé et, en 1902, la proportion était tombée à 22 pour 100.000 habitants.
Mais le nombre absolu des suicides n'est pas seul à considérer, et leur cause est surtout intéressante.
Autrefois, la folie tenait une grande place parmi les causes des suicides et, il y a vingt ans seulement, elle figurait pour environ un tiers de ces causes. Or, actuellement, c'est à peine si les statistiques la notent 15 fois sur 100. Le suicide des fous aurait donc diminué de moitié; par suite, le suicide serait aujourd'hui, plus souvent qu'autrefois, un acte raisonné et volontaire.
La misère et les revers de fortune sont invoqués dans la proportion de 16% et les souffrances physiques dans celle de 25%; les chagrins de famille donnent la proportion de 12% et l'amour contrarié celle de 7%. Enfin l'accès d'ivresse est noté 15 fois sur 100.