On frémit à l'idée de porter à ses lèvres des objets si laborieusement manipulés, à la préparation desquels se sont attardés et obstinés tant de doigts inconnus. Et l'on sent une impatience de rentrer chez soi, d'y déjeuner de deux vrais oeufs, d'une côtelette authentique et d'une orange qui soit, sans contestation possible, une orange.
J'ai lu quelque part que Léon Gozlan ayant un jour mené un ami dans un des cabarets les plus célèbres de Paris, crut convenable d'y commander un plat rare: un gibier dont la préparation était une des «spécialités » de la maison. L'oiseau truffé, lardé, pimenté, farci, est apporté. Deux maîtres d'hôtel s'en emparent. On allume un réchaud; des combinaisons de sauces et de jus s'élaborent; quatre mains actives s'agitent autour de l'objet; on découpe, on écrase, on épluche, et Gozlan, à ce spectacle, se sent petit à petit pris de nausée.
C'est fait. L'oiseau est sur la table et les maîtres d'hôtel considèrent leur ouvrage avec satisfaction. Gozlan lève vers eux un oeil triste.
--Ce plat me semble succulent, dit-il, mais voulez-vous me rendre un grand service?...
--Lequel, monsieur?
--Ce serait de le manger.
Sonia.
M. Gariel.--Phot. Pirou, boul. Saint-Germain.
M. LE PROFESSEUR GARIEL
M. Gariel, dont la notoriété ne dépassait guère les limites, d'ailleurs assez larges, du monde scientifique et universitaire, vient de voir son nom livré à la grande publicité de la presse. On sait quelles circonstances récentes le mirent ainsi en vedette, à son corps défendant. Professeur agrégé à l'École de médecine, il y est, paraît-il, la terreur des candidats au doctorat, qui redoutent son extrême sévérité comme examinateur; les protestations des étudiants mécontents ont fini par dégénérer en manifestations bruyantes, en incidents tumultueux: d'où suspension du cours, puis, finalement, fermeture de la Faculté jusqu'aux vacances de Pâques.