Quand M. Richemond, le 1er mai suivant, demanda le renouvellement de son traité, pour les mêmes motifs le même refus lui fut opposé. Il forma contre la Société une demande pareille, en limitant à 50.000 francs l'indemnité qu'il réclamait. C'étaient ces deux demandes que soutenait Me Millerand.
Un des articles des statuts de la Société, article essentiel, vital, porte interdiction à ses membres de faire jouer leurs pièces sur des théâtres n'ayant pas de traité général avec la Société. La violation de cette prescription entraîne, pour le délinquant, de formidables amendes.
De là un procès reconventionnel de la Société contre un de ses membres, M. Chancel, auteur de Mlle l'Ordonnance. Deux autres vaudevillistes se plaignaient du préjudice que le refus opposé à MM. Roy et Richemond leur causait et ils se joignaient à M. Chancel pour demander au tribunal de prononcer la nullité de la Société. Me Signorino plaidait pour eux.
Me Poincaré défendait les intérêts de la Société des auteurs.
Les débats, commencés le 7 février, se sont terminés mardi dernier, 18 avril.
Chaque mardi, pour suivre la discussion singulièrement aride, une foule de Parisiens se pressaient sur les bancs de bois de la salle, et des Parisiennes aussi, qui écoutaient avec un intérêt réel ces longues controverses sur la synallagmaticité des contrats, la liberté du commerce et de l'industrie, la théorie des obligations, des quasi-contrats et les règles des sociétés civiles.
Il y avait là MM. Sardou, Paul Hervieu. Alfred Capus, R. de Flers, G.-A. de Caillevet, Robert Gangnat et Pellerin (ces deux derniers agents généraux de la Société); MM, Richemond, Deval et Roy (les «trusters»); MM. Paul Bilhaud, Michel Carré, Riche, Adrien Vély, G. Docquois, Henry Kéroul, Louis Forest, Antony Mars, Henry Bernstein, Pierre Decourcelle, Feydeau, Georges Claretie, Adrien Bernheim; et des dames: Mme Alfred Capus. Decourcelle, Robert de Flers, etc.. Conformément aux conclusions de M. le substitut Boulloche, la Société a pleinement gagné son procès. Aucun des griefs invoqués n'a été déclaré fondé. La validité de la Société a été proclamée. Son droit de refuser de traiter avec quiconque lui apparaît comme un cocontractant dangereux pour les intérêts professionnels a été reconnu. Le tribunal a affirmé l'existence d'un trust des théâtres, en formation, dès novembre 1903. Il a dit que la Société n'était point une oligarchie, qu'elle ne constituait pas un monopole et que sa défiance à l'égard des directeurs coalisés n'apparaissait pas sans fondement.
Bref, ce fut le triomphe et, sur l'autel dramatique, le jugement immola Mme l'Ordonnance dont il interdit à l'avenir les représentations et dont l'auteur est condamné au minimum de l'amende statutaire: 6.000 francs. Henri Varemne.
PREMIÈRES REPRÉSENTATIONS
L'Armide, de Gluck, charme les habitués de l'Opéra malgré son caractère archaïque et la surabondance de formules vieillies, affirmant ainsi ta toute-puissance de la mélodie, de l'art de tendresse, de grâce et aussi d'inspiration adéquate aux sentiments exprimés. L'interprétation est supérieure avec Mlle Bréval, excellente avec Mmes Féart, Demougeot, Verlet et M. Delmas, suffisante avec les autres interprètes.