Au reste, c'est par la position seule des banquettes que l'assemblée rappelait un parlement. Les débats se déroulèrent, en effet, dans le silence le plus respectueux; la lutte fut d'une courtoisie parfaite, et puis les représentants de l'une et l'autre opinion apportaient dans la défense de leurs idées une sincérité dont la politique ignore les ardeurs. Chacun de ceux qui étaient là savait bien que ses intérêts matériels étaient directement et immédiatement en jeu. Autour des orateurs, ce n'était pas la foule des représentants du peuple, c'était le peuple même, celui des maîtres-ouvriers d'art dramatique palpitant à tous les incidents de l'audience.
M. Richemont, M. Deval. M. Roy. Me. Signorio. M. Forest
«Trusters» et stagiaires.
M. Paul Hervieu. Mme Bernheim. M. Capus. M. Sardou. Mme Capus. M. A. Bernheim.
INSTANTANÉS D'AUDIENCE.--Les bancs de la Société des auteurs.
Que voulait la gauche? Elle était composée de deux groupes coalisés, formant bloc contre la Société des auteurs. Il y avait là des directeurs impatients de ruiner la puissance de cette association qui maintient haut et fixe le salaire de l'auteur dramatique, et grâce à laquelle--fait unique dans l'ordre économique actuel--sont dictées au Capital, par le Travail, toutes les conditions du contrat. Ceux-là, vainement, avaient voulu secouer le joug, s'unir pour avoir raison des écrivains omnipotents et démanteler la forteresse où ils s'abritent contre la loi de l'offre et de la demande. Aces capitalistes s'étaient joints quelques «stagiaires», les jeunes de la Société, irrités de ne point participer encore à tous les avantages qu'elle procure à ses membres anciens et dénonçant, enfants terribles, toutes les petites erreurs qui se commettent dans la gestion quotidienne des intérêts qu'elle défend.
Le procès était né au mois de novembre 1903. Un banquier, M. Roy, avait acheté le droit au bail du théâtre des Bouffes et il avait voulu obtenir de la Société des auteurs le «traité général». C'est le traité que doit signer tout imprésario qui, ouvrant un théâtre, veut y jouer des pièces signées des membres de la Société. C'est le traité qui fixe les conditions générales que s'engage à consentir le directeur aux auteurs qu'il représentera, et notamment le taux de 10% de la recette brute.
On refusa ce traité à M. Roy. Pourquoi? Parce que M. Roy était l'associé de MM. Deval et Richemond, directeurs de l'Athénée et des Folies-Dramatiques, et que la Société voyait, dans leur association, un commencement de trust funeste au développement de l'art dramatique et aux intérêts des écrivains de théâtre.
Pour ce refus de traité qu'il jugeait abusif M. Roy réclamait 100.000 francs d'indemnité.