C'est ainsi que, dernièrement, une fête de bienfaisance au profit d'une Association d'anciennes institutrices s'étant organisée à Munich, sous le patronage de S. À. R. la princesse Aldegunde de Bavière, le morceau capital du programme fut: Une fêle à Saint-Cyr sous Louis XIV. Munich, d'ailleurs, on le sait a voué à notre «Grand Roi» un culte admiratif poussé jusqu'au pastiche architectural de Versailles.
AU THÉÂTRE SARAH-BERNHARDT.
--Mme Sarah Bernhardt dans le rôle
d'Assuérus de la tragédie d'Esther.
--Phot. Henri Manuel.
La représentation eut lieu au théâtre de la résidence royale. Salle des plus brillantes, où la cour et la haute société bavaroise formaient un public d'élite. On remarquait les princesses Aldegunde, Gisèle et Clara; les princes Rupprecht, Léopold, Arnulph et Henri. Et, sur les planches mêmes, un puissant monarque daignait montrer Sa Majesté au milieu d'une autre cour et d'autres notabilités, occupant à l'avant-scène les places réservées aux gens de qualité, suivant l'ancien usage. Car il s'agissait, vous entendez bien, d'une résurrection du dix-septième siècle, d'une sorte de tableau animé reproduisant, dans un somptueux décor, les personnages d'une des périodes les plus prestigieuses de l'histoire de France.
Mise en scène fort bien réglée, analogue à celle adoptée au théâtre Sarah-Bernhardt pour encadrer l'interprétation d'Esther, avec cette différence que, là, des acteurs et des actrices professionnels représentaient les personnages illustres, tandis qu'au théâtre de Munich, des artistes improvisés, des membres de l'aristocratie bavaroise, remplissaient les principaux rôles. Louis XIV, c'était le comte Albert Pappenheim: Mme de Maintenon; la baronne Sternegg; les dames de sa suite: la princesse Léon Ratibor et la comtesse Otto Castell; la directrice et les dames de la maison de Saint-Cyr: les princesses Wrede, Lowenstein-Wertheim, Ysenburg, Mme Fiedler von Isaborn, la baronne Viola Riedener; les gentilshommes de la suite du roi: M. Fiedler von Isaborn, M. de Skrzyinski, le baron de Welczeck; quant aux pensionnaires, elles étaient figurées par de jeunes institutrices.
Donc, Mme de Maintenon donnait un «régal» au Roi-Soleil. Seulement Esther n'était pas au programme; à l'austère tragédie, on avait préféré un spectacle coupé un peu plus frivole: Danse des Nymphes et Sarabande, les Précieuses ridicules de Molière, récitation d'une fable de La Fontaine, danses de l'époque, numéros variés où les nobles artistes amateurs rivalisèrent d'entrain pour leur propre agrément et celui des spectateurs. Bref, une réussite à souhait.
Le «Louis XIV» va-t-il devenir une des modes du vingtième siècle, comme naguère le «Premier Empire»? En tout cas, il est intéressant de constater la faveur flatteuse dont jouissent à l'étranger les choses de France, même quand elles ont un caractère purement rétrospectif.
Edmond Frank.
LE PROCÈS DU TRUST DES THÉÂTRES
Un hasard ami du pittoresque a fait se dérouler dans la salle des criées le procès du trust des théâtres. La salle des criées (là-bas tout au bout de la salle des Pas-Perdus) est la seule où les bancs du public s'étagent en gradins demi-circulaires. Pour que les acheteurs d'immeubles, aux jours d'adjudications, puissent sans peine faire un signe à l'huissier qui annonce les surenchères, et pour qu'ils aperçoivent, sur le bureau du président, les feux qui s'allument et s'éteignent, l'architecte a disposé les banquettes en amphithéâtre. Dans amphithéâtre, il y a théâtre, comme dit l'autre; cette salle était donc prédestinée à juger ce procès qui émeut depuis trois mois le monde dramatique.
La salle des criées, ainsi construite, se trouve avoir, comme une salle de parlement, une droite et une gauche qui se font face. Le sort a voulu que les clients de Me Millerand, les novateurs, les contempteurs du vieil ordre de choses, les révolutionnaires, se groupassent à l'extrême gauche, tandis que les partisans du statu quo, les conservateurs, défendus par Me Poincaré, prenaient place à l'autre bout de la salle. A droite: tous les «sociétaires» de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. A gauche: des stagiaires et les trusrers.