La journée du 1er mai, à Varsovie, comptera parmi les plus tragiques qu'on ait eu à enregistrer depuis longtemps.

Dans la matinée, toute vie semblait suspendue dans la ville. Les affaires étaient arrêtées. La police avait coupé le service téléphonique et, dans les rues désertes, où ne circulaient plus ni voitures, ni tramways, seul le passage de patrouilles, de temps à autre, mettait quelque animation.

Vers une heure, seulement, la manifestation commença. Un cortège de 5.000 ouvriers avec leurs femmes, leurs enfants, s'était formé, promenant des drapeaux rouges et chantant des chants révolutionnaires. Ils ne tardèrent pas à entrer en collision avec les troupes. Rue des Maréchaux, où déjà, au mois de janvier, s'étaient produites de violentes bagarres, les cosaques, armés de leurs terribles fouets, les nagaïkas, chargèrent la foule; puis l'infanterie commença te feu et tira des salves sur les rangs pressés des ouvriers qui fuyaient en désordre. Rue de Jérusalem, l'épouvantable drame se renouvela. Rue Zolotaïa, une patrouille, attaquée à coups de fusil par un homme caché derrière un mur, riposta, tira sur les manifestants.

Enfin, à 8 h. 1/2 du soir, une bombe, lancée au milieu d'un détachement de cosaques qui passait rue des Maréchaux, devant la gare de Vienne, ayant tué sept cosaques et un agent de police, donna lieu à une nouvelle intervention des fusils.

Les correspondances socialistes ont raconté qu'avant cet attentat, des camarades des émeutiers qui allaient le commettre, postés au coin des rues adjacentes, prévenaient les passants d'avoir à rebrousser chemin, le passage étant dangereux. Ils n'en voulaient qu'à la troupe. Il n'y eut pas moins deux dames, qui sortaient de la gare au moment de l'explosion, qui furent effroyablement blessées encore qu'elles n'eussent rien à voir avec la répression, non plus qu'avec la révolution.

Le nombre des morts et blessés, pour cette journée, a été évalué à plus de cent. Dans un seul chantier, clos de mur, qui fut le lendemain comme un lieu de funèbre pèlerinage, où les parents des disparus se rendaient pour y chercher leurs proches, ou pleurer à l'endroit où ils étaient tombés, on ne releva pas moins de trente-cinq cadavres!

Le torpilleur. Le canot.
Canot automobile escorté par un torpilleur.

LA COUPE DE LA MÉDITERRANÉE.--"L'industrie automobile rapproche l'Algérie de la Métropole".