Lecteur. Saint-Michel. Jardy. Val-d'Or. Adam.
Les cracks de la génération de 1902 quand ils étaient poulains d'un an.--Photographies Tresca.

Plus d'un million avec les frais!... C'était un record!...

L'événement fit sensation dans le monde entier. Que donnerait cette audacieuse acquisition?... Les détracteurs évoquaient tout bas les grands chevaux qui furent de médiocres étalons: Gladiateur, Boïard, Salvator, et même Ormonde, duquel ne naquirent qu'Orme et le terne Goldfinck. M. Edmond Blanc gardait la foi.

Les résultats dépassèrent les prévisions des plus optimistes. Installé en sultan au haras de Jardy, Flying Fox donna dans sa première année de monte huit produits dont cinq seulement coururent et rapportent aujourd'hui 1315.000 francs à leur propriétaire. Le million de Flying Fox est déjà remboursé par eux et M. Edmond Blanc a pu, sans risque, supprimer la prime annuelle de 50.000 francs qu'il payait à une compagnie d'assurances pour le précieux étalon.

Parmi ces vainqueurs de la première génération, Ajax s'attribua la part du lion: 654.925 francs. Ajax était une réédition de Flying Fox. Ses cinq sorties furent cinq victoires sensationnelles. Son jockey, Stern, affirmait devoir toujours vaincre avec un animal de telle trempe et au coeur si bien attaché. La carrière d'Ajax fut interrompue prématurément, en août 1904, par un accident malencontreux--tiraillement du ligament suspenseur au boulet antérieur gauche--alors que le crack invaincu achevait sa préparation pour le Saint-Léger de Doncaster. Ajax vint prendre place au stud près de Flying Fox. Le duc de Portland qui, tout récemment, visitait l'établissement de Jardy, déclarait le fils encore plus beau que le père. «Il n'existe nulle part, disait-il, de cheval à lui comparer!»

A côté d'Ajax, le fantasque Gouvernant, qui n'aurait jamais dû perdre le Derby d'Epsom contre plus cabochard que lui, s'adjuge actuellement 550.00 francs.

La seconde génération des Flying Fox, née en 1902, s'annonce plus étonnante que la première. Elle comprend un trio d'imbattables, tel que nulle écurie, de mémoire de sportsman, n'en posséda: Adam (propre frère d'Ajax), Jardy et Val-d'Or. Ils ont montré une si éclatante supériorité sur tous leurs contemporains de France qu'ils semblent n'avoir plus qu'à se promener en triomphateurs sur nos hippodromes. En outre, la victoire de Jardy, l'automne dernier, dans le Middle Park Plate, le derby des deux ans d'outre-Manche, laisse prévoir que les élèves de M. Edmond Blanc peuvent prétendre aux plus hauts trophées sur le turf anglais.

Jardy va s'aligner la semaine prochaine dans le Derby d'Epsom, où il a belle chance de venger l'échec de Gouvernant. Le gain public de ces trois produits de Flying Fox, additionné avec celui de deux autres rejetons du même étalon--Lecteur et Muskerry--s'élève déjà à 620.000 francs. Tout annonce que cette seconde génération gagnera, elle aussi, son million, peut-être deux, avant la fin de la saison[1].

[Footnote 1: Cet article était imprimé quand une épidémie de gourme est venue mettre provisoirement hors de combat, à la veille des grandes épreuves, deux, peut-être trois, des quatre champions de M. Edmond Blanc.]