L'ensemble des bâtiments construits par M. Binet.
Un des pensionnaires jouant aux dominos avec le
directeur, M. Bouyer.
Et cette oeuvre a été, on peut le dire, créée par un seul homme: Constant Coquelin, entouré, il est vrai, d'un état-major capable de comprendre ses projets, de s'y associer, de lui en faciliter la partie matérielle; aussi, tout bon comédien peut-il se sentir fier d'avoir dans sa corporation un homme de cette trempe. Il faut le voir à la tâche, importuner ses amis, il faut voir la forme exquise qu'il emploie pour obtenir tout ce qu'il désire, intéressant les personnages visés, les plus éminents, les plus illustres, et finissant par les toucher au coeur. Il ne leur demande pas un service, non, il leur procure la joie de faire une bonne action.
L'embarquement pour la promenade.
Il y a longtemps que ce projet généreux et grandiose le hantait. Mais les difficultés de la réalisation étaient grandes. Cependant, il y a trois ans, l'architecte Binet fut convoqué devant le comité de la Société des Artistes dramatiques et, par la voix de son président, M. Coquelin, un plan et un devis lui furent demandés. L'habile architecte fit pour le mieux et, comme, de son côté, M. Coquelin avait intéressé à son oeuvre le ban et l'arrière-ban de ses amis--notabilités du monde des arts, de l'industrie, de la politique, de la presse, de la finance--pierre à pierre l'édifice fut achevé. M. Waldeck-Rousseau, d'abord, MM. Edmond Rostand, Victorien Sardou, Chaumié, J. Claretie, Dufayel, J. Hyde, Tamagno, Bernheim, Meunier et tant d'autres dont les noms mériteraient autant d'être cités contribuèrent ainsi, chacun pour sa part différente, à la fondation de cette «usine à faire du bonheur» selon l'expression de l'un d'entre eux.
M. Coquelin faisant à quelques invités les honneurs de la Maison des Comédiens.
Mais tous ces dévouements, toutes ces bontés, tous ces dons pour les comédiens, les chanteurs, les danseurs, n'est-ce pas juste? Quels autres plus dignes, malgré leur frivole apparence, de mériter cet intérêt? Qui va-t-on chercher pour secourir pécuniairement les sinistrés de la Martinique, les blessés de Mandchourie, les pêcheurs, les pauvres du Petit Journal? Qui demande-t-on lorsqu'il faut trouver des fonds pour élever une statue à Béranger, à Murger, à Victor Hugo et, aujourd'hui encore, au chansonnier J.-B. Clément? Les comédiens, les chanteurs, les danseurs. Eh bien, n'est-il pas naturel qu'une fois par hasard, quelques grandes cigales travaillent pour leurs soeurs petites?