«On se jette des noms à la tête sans cesse: l'une
entendit Rachel et l'autre Frederick!»--E. Rostand, "Le Verger de Coquelin".

L'artiste se prodigue toujours avec plaisir, toujours content, ne songeant qu'à être utile. Le grand public même l'a reconnu et a manifesté matériellement sa reconnaissance en achetant en trois mois pour 2 millions de billets de la loterie des Artistes dramatiques pour 15.000 francs de la superbe poésie le Verger de Coquelin, d'Edmond Rostand, en faisant faire 75.000 francs de recette au dernier concert du Trocadéro.

Et le résultat de toutes ces générosités est que, maintenant, vingt-cinq comédiens, en attendant trente-cinq autres, ont pris pension dans ce calme et délicieux asile de Pont-aux-Dames.

Parmi ces vingt-cinq premiers pensionnaires privilégiés il y avait des reines d'antan, et des princesses... hélas! devenues aujourd'hui fort lointaines; il y avait des héros, des empereurs, des rois, d'anciens potentats qui n'avaient jamais vu un tel luxe que peint sur toile de décors et qui n'avaient jamais espéré pour leurs vieux jours un abri aussi confortable. Ils sont là d'hier et, déjà, chacun connaît la vie de son voisin; bien souvent, l'hiver, ils recommenceront, pendant les longues veillées, le conte de leur vie qu'ils ne voudraient plus revivre aujourd'hui, et pour cause...

«Elmire et Dona Sol causent sous les berceaux de façon familière...» E. Rostand: "Le Verger de Coquelin". «Plus de sombre avenir, de chambres enfumées, et de tous les côtés c'est le côté jardin...»--E. Rostand: "Le Verger de Coquelin".

Je les ai vus, chacun dans sa chambre, trois jours après leur arrivée, déjà installés, ayant apporté leurs bibelots-souvenirs, points de repère de leur carrière parfois si cruelle et si ingrate; je les ai vus, attendant l'heure du déjeuner en leur petit salon; je les ai vus, au réfectoire, après le: «En scène pour le premier!»--le premier déjeune--crié par l'humoriste directeur Bouyer, un ancien grand premier rôle des théâtres de province, et même du boulevard, administrateur hors de pair; je les ai vus, celles-ci se promenant dans le parc ou s'occupant au potager, ceux-là choisissant leur place pour pêcher ou jouant aux cartes, aux dominos, lisant, riant, chantant; enfin, je les ai vus heureux de vivre et aussi convaincus de leur bonheur que les soirs où ils interprétaient Alceste, Hernani, Mascarille, Scapin, Elmire, Dona Sol, Agnès, Célimène...

Princes, princesses, l'on vous tisse

Des soirs d'or clair et de fin lin