Elle avait, on se le rappelle, quitté la France le 15 août 1903. Elle a donc passé quinze mois dans les régions antarctiques. C'est la première expédition française qui ait vécu un hiver entier dans les glaces polaires.
Le soir du 3 mars 1904, le Français arrivait à l'île Wandel et, le lendemain, le commandant Charcot commençait à prendre ses dispositions pour l'hivernage. On dévergua les voiles, on cala les mâts de flèche, on abaissa la cheminée, on aménagea le navire en vue d'un séjour prolongé au milieu de la banquise.
Dehors, on construisait sur la glace deux maisons d'Esquimaux, deux huttes de neige qui allaient servir de réserve pour la viande fraîche, viande des phoques et des pingouins qu'on pourrait tuer. Dans la glace même, on creusait deux grands magasins recouverts de toitures en charpente et en toile à voile et, avec le concours des beaux et bons chiens prêtés par le gouvernement de la République Argentine qui servirent d'animaux de trait, on y débarquait les vivres apportés de France et mieux en sûreté là que sur le navire. Deux constructions, enfin, étaient édifiées, l'une en pierre, avec une toiture de toile, l'autre en bois, toutes deux pourvues de piliers de grès cimentés et couronnés par des plaques de marbre. On y logeait les instruments nécessaires aux observations magnétiques.
Ce fut la première étape polaire du Français. De là purent être faites quelques expéditions dans la région désolée avoisinante, entre deux tempêtes de neige.
A la mi-décembre, M. Jean Charcot levait l'ancre, débloquant son navire à coups de hache, de pic et même de cartouches de dynamite. Il remontait vers l'île Wincke, où il s'était arrêté à l'aller. Ce fut là qu'on célébra la Noël, autour d'un arbre apporté de France. Puis on gagna la terre Alexandre, où le Français abordait le 15 janvier dernier.
1. Navigation du "Français" dans les glaces.--2. Les chiens prêtés par le gouvernement argentin.--3. Abris de neige pour les provisions.--4. Le "Français" bloqué par la banquise.
Photographies communiquées par le "Matin".