Avec le général sont revenues en France Mme et Mlle Gallieni qui, toutes deux à Madagascar depuis quatre ans, n'ont pas peu contribué, par leur charme et leur exquise amabilité, à faire aimer notre pays par nos nouveaux sujets. Marc Clique.
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LE PRINCE HERITIER D'ALLEMAGNE A L'AUTEL, LE 6 JUIN, DANS LA CHAPELLE DU CHATEAU DE BERLIN.
Dessin d'après nature de notre artiste-correspondant à Berlin, M, Edouard Cucuel.
Le 6 juin, après la cérémonie civile, le kronprinz et sa fiancée, la duchesse Cécile de Mecklembourg-Schwerin, furent conduits en grand cérémonial à la chapelle du château royal. Le pasteur Dryander, chapelain de la cour, attendait le cortège sur les marches de l'autel. Il posa les questions de consentement aux fiancés, qui échangèrent les anneaux d'or--or de Silésie, selon la tradition. Puis il prononça un discours dont le texte, choisi par l'empereur, qui règle tout lui-même, était emprunté aux paroles de Ruth à Booz: «Là où tu iras, j'irai; là où tu habiteras, j'habiterai. Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu.»
Mouvement littéraire
Histoire de l'Art. T. Ier: Des débuts de l'art chrétien à la fin de la période romane, sous la direction de M. André Michel (Armand Colin, 15 fr.).--Douris et les Peintres de vases grecs, par Edmond Pottier (Laurens, 2 fr. 50).
Histoire de l'Art.
Ce grand travail ne pouvait être placé sous une direction plus sûre que celle de M. André Michel. Ses études particulières, son cours à l'École du Louvre, ont groupé autour de lui beaucoup de jeunes savants. Mais quelle entreprise! Sortir des monographies pour donner des ensembles où les idées générales, les classifications et en même temps l'érudition minutieuse se doivent combiner, n'est pas chose facile. Plusieurs collaborateurs de marque se sont distingués dans ce tome Ier. M. André Pératé s'est occupé des origines premières--on ne parlera pas dans cette Histoire de l'art antique. Il a pris les catacombes avec leurs fresques, avec leurs représentations symboliques de la colombe, du phénix, avec, surtout, l'Orante, ou l'Ame, sous la forme d'une femme en prière, enveloppée de longs vêtements, avec le Bon Pasteur portant sur son dos une brebis, ou faisant paître des brebis et des agneaux dans les prairies vertes et lumineuses du paradis. Les miracles de Jésus et, en particulier, la guérison du paralytique, la multiplication des pains et la résurrection de Lazare; l'histoire de Jonas, la Vierge et l'Enfant, apparaissent dans les différents cimetières où étaient ensevelis et où s'assemblaient les premiers chrétiens. Plus tard, après le triomphe, au quatrième et au cinquième siècle, quand s'élevèrent les basiliques, ce fut un art nouveau, avec mosaïques et peintures, avec des compositions historiques; ce fut aussi un Christ nouveau, non plus imberbe et d'une jeune beauté, mais semblable à un Jupiter majestueux. Il y a de la sagacité, du savoir et de la poésie dans l'étude harmonieuse de M. André Pératé, qui connaît fort bien Rome et l'Italie. Il nous rend les figures des sarcophages et nous montre l'art byzantin s'emparant de la mosaïque à partir du sixième siècle. Au onzième, vers la fin, naît dans les fresques de saint Clément l'art italien; on y perçoit comme une aube des jours de Giotto.
Mais comment analyser dans ce court article tout ce grand volume? M. Eulard nous explique l'origine de la basilique, ce qu'elle 'est devenue sous l'influence byzantine, pourquoi les tours y ont été ajoutées; il dépeint les deux basiliques de Saint-Apollinaire, à Ravenne (Ve et VIe siècle), qui influencèrent toute l'architecture religieuse. M. Gabriel Millet s'étend longuement et savamment sur l'art byzantin, mélange d'hellénisme et d'orientalisme, et le montre s'installant en Italie au cinquième et au sixième siècle. Les miniatures, les soies byzantines brodées avec représentation, les sculptures sur bois et sur pierre, les ivoires, l'orfèvrerie de Constantinople, se répandent partout; une iconographie débordante succède aux images sobres, naïves et symboliques des catacombes. M. le Prieur s'est surtout préoccupé, dans les pages qui lui ont été dévolues, des miniatures qu'il étudie avec soin et classe avec méthode. Enfin, avec le travail de M. Bertaux sur la peinture dans l'Italie méridionale du cinquième au onzième siècle, le premier volume publié sous la direction de M. André Michel constitue un sérieux monument qui, malgré la diversité des architectes, ne manque pas d'unité.
Douris.
La Collection des grands artistes, qui, jusqu'ici, s'était bornée à nous rappeler les peintres et les sculpteurs modernes, nous présente, cette fois, trois anciens: Lysippe, par M. Maxime Collignon; Praxitèle, par M. Georges Perrot, et Douris, par M. Edmond Pottier. C'est au petit volume de M. Pottier que je veux m'attacher. Après s'être étendu sur la fabrication des vases peints en Grèce, sur les procédés techniques de cette industrie et nous avoir introduits par l'image dans un premier atelier où des ouvriers façonnent et cuisent des poteries, puis dans un autre où des artistes en couvrent quelques-unes de représentations, M. Pottier examine l'oeuvre de Douris, qui vivait au cinquième siècle, à la belle époque de l'art hellénique. Pourquoi a-t-il choisi parmi tous les autres Douris et n'a-t-il pas adopté, par exemple, Brygos ou Euphronios? C'est qu'en même temps que très curieuse, pleine de mouvement, fort caractéristique, l'oeuvre connue de Douris est la plus considérable. Nous possédons de lui vingt-six coupes, un canthare, un vase à rafraîchir le vin, lesquels nous fournissent environ quatre-vingts tableaux.