Pour accomplir cette tâche, le général Gallieni eut à surmonter des difficultés sans nombre, et cependant, du chaos dans lequel il trouva Madagascar à son arrivée en 1896, il est parvenu à faire une belle colonie qui, depuis deux ans, ne coûte plus un centime à la métropole, à l'exception, bien entendu, des dépenses militaires. Des routes sillonnent l'île, dans tous les sens, un vaste réseau télégraphique met en communications directes les points les plus extrêmes et, d'ici quelques mois, la locomotive entrera victorieuse à Tananarive, reliant la capitale à la côte orientale et permettant de faire en quarante-huit heures un voyage que le général Gallieni mit huit jours à effectuer lorsqu'il débarqua pour la première fois dans la colonie.

Ne laissant à personne le soin de se rendre compte des besoins de ses administrés--colons ou indigènes --le général Gallieni a effectué nombre de voyages dans les différentes régions de Madagascar. Chaque année il a entrepris une tournée de plusieurs mois dans l'île: voyage pénible et fatigant s'il en est, d'où le confort est le plus souvent banni. C'est au cours d'une de ces pérégrinations dans la brousse qu'a été prise la photographie bien vécue dont notre dessin s'est textuellement inspiré. Le général Gallieni est en costume de voyage et le colonel du génie Roques, son infatigable collaborateur, qui vient de cueillir une noix de coco, lui en verse le contenu,--boisson rafraîchissante et antialcoolique par excellence.

Général Gallieni. Colonel Roques. En tournée
d'inspection: le général Gallieni acceptant du
colonel Roques un verre de lait de coco.

Mais le général ne s'est pas borné à faire de la pacification et de l'organisation administrative, il a créé des oeuvres d'assistance qui vont permettre de régénérer la race malgache et de sauver les milliers d'enfants indigènes qu'un manque de soins et d'hygiène vouait chaque année à une mort inévitable; et alors sera résolu dans son essence même le difficile problème de la main-d'oeuvre à Madagascar, la population s'accroîtra chaque année dans de notables proportions et la grande île africaine, qui ne compte à l'heure actuelle que 2 millions et demi d'habitants pour une superficie égale à la France, la Belgique et la Hollande réunies, aura des bras suffisants pour défricher son sol et mettre en valeur ses richesses incontestables, mais jusqu'à présent inexploitables par suite du manque de travailleurs. Ce beau résultat ne sera, il est vrai, pas atteint avant nombre d'années; mais c'est en cela qu'il faut surtout admirer l'oeuvre féconde du général Gallieni, c'est que, dédaignant les sentiers battus et les satisfactions personnelles immédiates, il a, avec une hauteur de vues remarquable, jeté les bases d'une administration modèle et orienté dans le sens unique de la prospérité future de la colonie tous les actes de son gouvernement.

Mme Gallieni.--Phot. Veynachter. Mlle Gallieni.--Phot. Veynachter.

Aussi a-t-il lui-même la plus grande confiance dans l'avenir de Madagascar; et il est le premier à dire bien haut que, si nous avons eu, en ces derniers temps, quelques déboires dans la grande île, si des révoltes se sont produites dans certaines régions encore réfractaires à notre autorité, si la prospérité économique de la colonie n'a pas tenu tous les espoirs qu'avaient fait naître deux années particulièrement heureuses, si des intempéries successives ont causé des ravages nombreux,--il ne faut point désespérer; ce sont là épreuves passagères et inhérentes à toute entreprise humaine.

Peut-être le général Gallieni ne retournera-t-il plus à Madagascar, mais son oeuvre survivra à sa présence sur les rives de l'océan Indien et son nom est pour toujours lié à l'avenir et à la prospérité de la grande île africaine.