LES FÊTES DU CREUSOT


Un canon, fondu au Creusot pour l'armée chinoise, annonçant l'ouverture de la fête.--Ph. Jaillon et Balijean Le Creusot a célébré dimanche dernier le centenaire de son véritable fondateur, M. Eugène Schneider, né en 1805, mort en 1875. C'est en 1836 que M. Eugène Schneider prit possession de la pauvre usine dont il devait faire le premier établissement industriel de France. Avant son arrivée au Creusot, cette usine avait trois fois périclité; aujourd'hui elle est connue et réputée dans le monde entier. En 1836, le Creusot comptait 2.700 habitants; il en compte actuellement 32.000.

M. et Mme B. Schneider et leurs enfants.--Phot. Rajaud.

La ville vit de l'usine, dont elle tire la totalité de ses ressources. Si l'usine disparaissait, la ville disparaîtrait aussi. Sur les 32.000 habitants du Creusot, 3.000 tout au plus, c'est-à-dire moins du dixième, ne dépendent pas directement des établissements Schneider et Cie. Ces établissements occupent 8.700 ouvriers et 950 employés, soit 9.650 personnes. Si l'on supprimait tout d'un coup ces 9.650 personnes et les membres de leurs familles qui vivent de leur travail, il ne resterait plus dans la ville que des commerçants qui, désormais sans clientèle, seraient contraints de fermer leurs magasins et d'aller chercher fortune ailleurs.

Mais l'usine est prospère et la ville l'est aussi. Humble bourgade il y a trois quarts de siècle, la ville a aujourd'hui des rues larges, des boulevards et des squares, des maisons bien construites, de nombreuses fontaines, de belles écoles, un vaste hospice. Aussi, dès 1856, reconnaissante à M. Eugène Schneider de ce qu'il avait fait pour elle, la population adressa au gouvernement une pétition dans laquelle elle demandait que la ville prît le nom de Schneiderville; mais M. Schneider exprima le désir que ce projet n'eût pas de suite et que le nom de Creusot fût toujours conservé.

C'est donc justice que, dimanche dernier, les Creusotins aient honoré la mémoire de celui à qui ils doivent leur existence et leur bien-être. Ce fut une manifestation grandiose, à laquelle, sans exception, chacun voulut prendre part. En quelques jours, la ville se revêtit d'une brillante parure de feuillage et de fleurs, de lanternes et de lampions, avec, aux principaux carrefours, des arcs de triomphe. Tous les habitants avaient décoré leur demeure; toutes les corporations et toutes les sociétés s'étaient unies dans un sentiment commun de reconnaissance. Et, pour bien marquer qu'elle s'associait à l'élan populaire, la municipalité avait fait placer les lettres E. S. au-dessus du portail d'entrée de l'hôtel de ville.

La cérémonie du centenaire sur la place Eugène-Schneider, au Creusot.
Instantané de MM. Jaillon, chef, et Balijean, opérateur de l'atelier de photographe du Creusot.

La délégation de la maison de retraite allant déposer une
couronne sur le socle de la statue.