M. Burdy, ancien contremaître, prononçant son
discours au pied de la statue d'Eugène Schneider.

La fête commença le samedi soir par une retraite aux flambeaux. Le dimanche matin, à six heures, le canon tonne. Sur la place de la Couronne, qui domine le Creusot, une pièce d'artillerie, qui partira dans quelques jours pour la Chine, tire sept coups auxquels répondent, d'autres points culminants qui entourent la ville, des coups tirés par des pièces destinées au Portugal. Ainsi, avant de semer la mort, ces canons auront résonné pour la fraternité.

A sept heures, le bureau de secours de l'usine remet 5 francs à chacun des pauvres de la ville; ces pauvres sont au nombre de 804, qui défilent, vieux et vieilles, humblement mais proprement vêtus. Puis c'est une distribution de primes pour la bonne tenue des logements et jardins ouvriers, et la distribution de 171 médailles d'honneur du travail suivie d'un lunch offert par M. Eugène Schneider, député, petit-fils du fondateur du Creusot, assisté du maire et des adjoints, de M. Geny, directeur général de l'usine, des membres du comité de direction et des chefs de service.

Les trois fils de M. E. Schneider au
pied de de la statue de leur aïeul.

--Phot. Rajaud.

A une heure et demie a lieu la principale cérémonie de la journée. Sur la place Schneider, devant la statue de celui qu'on fête, défilent des délégations de toutes les sociétés et corporations de la ville. Sur une estrade dressée pour la circonstance ont pris place: M. Schneider et sa famille; M. Geny, directeur général de l'usine; M. Coureau, conseiller général du Creusot; les chefs de service; le maire, les adjoints et les conseillers municipaux; les représentants de la presse; des officiers français et étrangers; des délégations d'employés et d'ouvriers. Deux discours seulement: le premier prononcé par M. Burdy, ancien ouvrier et ancien contremaître de l'usine, ancien adjoint au maire, qui rappelle ce que la ville doit à la famille Schneider; le second prononcé par M. Schneider, qui remercie tous ceux qui se sont associés à l'hommage rendu à son grand-père. Avant de se retirer, les délégations vont déposer au pied de la statue du fondateur du Creusot des fleurs et des palmes; elles sont précédées par les trois jeunes fils de M. Schneider, qui marchent de front, et qui, arrivés devant le monument de leur aïeul, s'arrêtent et font le salut militaire.

Le soir, un très beau feu d'artifice a été tiré sur la place de la Molette en présence de plus de 60.000 personnes. Et la fête s'est poursuivie tard dans la nuit, à la grande lumière des illuminations, dans un ordre parfait. Pas un cri, pas une scène fâcheuse. Partout la bienséance, partout une foule à la fois joyeuse et recueillie.

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