Une photographie, tout ensemble pittoresque et documentaire, les a réunis en un groupe d'un aspect très suggestif. Sous leurs uniformes germaniques, ils ont vraiment belle tenue et l'air martial, ces fils du Céleste-Empire, ornement actuel de l'armée allemande, espoir de l'armée chinoise, et si, par le type, ils rappellent les officiers japonais, leur taille, supérieure à celle des Nippons, leur donne peut-être plus de prestance militaire.
Ainsi donc, voici les Jaunes de Chine qui, à l'exemple des Jaunes du Japon, s'initient étroitement aux choses d'Occident et viennent apprendre en Europe l'art de résister aux Européens et, au besoin, de les combattre. «Le Midi monte», a-t-on dit chez nous en manière de plaisanterie; on pourrait dire plus sérieusement aujourd'hui: «L'Extrême-Orient s'étend».
NOTRE GRAVURE HORS TEXTE
«LA MARNE»
Tableau de Léon Lhermitte.
Sans doute, il est superflu de présenter aux lecteurs de L'Illustration le très bel artiste qu'est M. Léon Lhermitte. Nous avons reproduit ici, à peu près chaque année, ses envois aux Salons. De plus, il y a quelques mois, nous avons publié déjà, en supplément, une de ses graves et fortes oeuvres: l'École.
La Marne, que nous donnons cette semaine, caractérise un aspect différent et nouveau, à certains égards, de ce talent sans cesse à la recherche du beau et du mieux, et le montre comme paysagiste,--comme grand paysagiste.
Depuis deux ou trois ans, en effet, M. Léon Lhermitte a donné, dans ses compositions, une part beaucoup plus importante qu'il n'avait fait jusque-là au paysage, cet «état d'âme». Sans détourner ses yeux compatissants, émus du labeur éternel, des inquiétudes, des tourments, de la vie, enfin, des hommes, il a vu derrière eux, autour d'eux, la tranquille sérénité, la majesté grandiose de la nature. Et ses paysages ont l'austérité même qu'avaient ses figures, leur simple grandeur, avec cette auguste noblesse des choses indifférentes aux passions humaines, grands ciels, arbres aux nobles architectures, champs pacifiques, insensibles à la morsure de la faucille qui tond les blés mûrs, du soc qui entame les lourdes glèbes, eaux limpides et reflétant tour à tour, sans qu'un frisson de plus les ride, le tremblement des peupliers que tourmente la brise ou la misère des hommes agités de soucis.
Cette Marne qu'il nous montre ici n'est point la Marne tumultueuse des beaux dimanches d'été, avec la file pressée des pêcheurs à la ligne désormais échelonnés tout le long des berges, les agapes familiales dans l'herbe drue, le va-et-vient bruyant des canotiers, et les chants et les rires troublant tous ses échos. Ces tableaux de campagne en liesse conviendraient mal au pinceau de M. Léon Lhermitte. C'est la jolie rivière si calme des jours de travail, silencieuse, souriante à demi, où quelque pauvre diable, au bord des roseaux, pêche pour manger, quête un appoint au maigre repas du soir. Et toute la haute probité du peintre, la gravité du penseur, le beau style du maître, se retrouvent dans cette oeuvre impressionnante.