M. ROUVIER ET LE PRINCE RADOLIN
M. Rouvier, qui, aussitôt après la démission de M. Delcassé, avait pris la direction de notre politique extérieure, sans abandonner le portefeuille des finances, a enfin cédé celui-ci à son lieutenant, M. Merlou, sous-secrétaire d'État du département, et décidément opté pour le portefeuille des affaires étrangères.
La période intérimaire d'une dizaine de jours, pendant laquelle le président du conseil a cumulé deux des plus lourdes charges du gouvernement, a paru un peu longue à l'impatience du monde parlementaire, où toute crise ministérielle, même partielle, ne va pas sans quelques accès de fièvre. Cette fois, il est vrai, le cas offrait une particulière gravité, en raison des causes déterminantes de la crise.
La retraite de M. Delcassé, motivée par l'échec de la mission de M. Saint-René-Taillandier à Fez et par la tension des rapports entre le quai d'Orsay et Berlin, a montré la nécessité d'un changement d'orientation dans notre diplomatie au sujet de la brûlante question du Maroc. Notre «premier», en capitaine prudent et avisé, a immédiatement empoigné la barre; puis, envisageant la situation de sang-froid, procédant sans précipitation, il s'est donné le temps d'étudier de près la carte, de tracer sa route: après quoi il a estimé qu'il ne pouvait avoir, en cette passe difficile, de meilleur timonier que lui-même.
Ce n'a pas été là, du reste, du temps perdu. M. Rouvier, en effet, n'a pas attendu le décret du 17 juin qui le nommait, à titre définitif, ministre des affaires étrangères, pour engager des pourparlers utiles avec le prince Radolin, ambassadeur d'Allemagne à Paris. Déjà, antérieurement à cette date, dans le cabinet du quai d'Orsay, où devait se poursuivre une partie serrée, mettant en jeu non seulement des intérêts positifs, mais encore des questions de dignité nationale de l'ordre le plus délicat, les deux diplomates avaient eu, en tête à tête, plusieurs entretiens importants. Ils y firent assaut de haute courtoisie et apportèrent, dit-on, l'un et l'autre, des dispositions conciliantes. Des vues échangées, des précisions articulées, il est résulté, sinon une entente (les choses en pareille occurrence ne sauraient aller si vite), du moins une très sensible détente.
Les «points noirs à l'horizon», sujets légitimes de tant de soucis et d'inquiétudes, en France et ailleurs, semblent s'éloigner et l'on a lieu d'espérer qu'ils ne tarderont pas à s'effacer.
PÉRIL JAUNE
PERIL JAUNE: LES OYAMA, LES NOGI ET LES KUROKI CHINOIS
QUE NOUS PRÉPARE L'ALLEMAGNE
Sept officiers chinois, ayant déjà passé quatre ans à l'académie militaire de Wou-Chang, viennent de prendre du service en Allemagne. Trois d'entre eux sont attachés au corps d'artillerie de campagne, en garnison à Wesel, trois autres à un régiment de hussards, à Dusseldorf, et le dernier sert dans le génie, à Deutz.