Madame.--Tout le monde nous envie, c'est un voyage admirable.

Monsieur.--Peuh!

Madame.--Tu n'as qu'à lire...

Monsieur.--Si tu t'en rapportes aux livres!...

Trois jours après, monsieur a mis bas les armes parce qu'un soir madame a répondu à ses objections par des larmes et par cette phrase:

--Maintenant que j'ai dit partout que nous allions en Norvège, si nous n'y allons pas, de quoi aurons-nous l'air?

On fait les emplettes nécessaires: imperméables, couvertures de voyage supplémentaires, vérascope Richard, etc.. et, un matin, on part...

... Depuis quelques jours madame a comme un remords. Elle songe que c'est, en somme, un long voyage; qu'il faut s'éloigner de mille lieues de ceux qu'on aime, de ses parents, de ses amis, de son château tranquille, de Paris où l'on est si bien; elle pense qu'en somme un naufrage est toujours possible. Son imagination bat la campagne, il lui semble qu'elle a des pressentiments de malheur et elle se reproche son insistance; elle se dit qu'on aurait été si bien chez soi, avec toutes ses aises et ses habitudes, et elle pense qu'on est un peu fou d'aller troquer tout cela contre la cabine étroite d'un bateau. Elle a envie de pleurer.

Monsieur a des pensées analogues. Il se rappelle le soir où, dans leur paix, est arrivé ce prospectus, fatalement, sournoisement, avec l'impassibilité féroce d'une lettre anonyme... entre deux réclames d'un marchand de vin et celle d'un tailleur pour dames...

La tristesse grave des départs les étreint et c'est d'une voix dolente que l'employé de la gare du Nord a entendu, un matin, une phrase définitive: «Deux premières pour Dunkerque.»