En route, chacun se répète cette phrase du livre de mon aimable confrère Emile Berr:

«J'admire Cook de plus en plus. Cet homme a su organiser jusqu'à la mélancolie des âmes; il a prévu et il a tracé l'itinéraire triste qu'il est «esthétique» d'avoir suivi.»

Ils se demandent encore ce qu'ils vont faire là-bas, eux qui n'ont pas l'âme mélancolique et qui ne sont pas des esthètes... Si l'on allait apprendre, à Dunkerque, que le bateau l'Ile-de-France a eu une avarie et que la croisière n'aura pas lieu, qu'on serait content!... sans trop le laisser voir!...

Dans le train, changement d'humeur. Une fois cassé le petit fil qui vous retient aux choses, une fois acceptée l'idée du départ, une fois le voyage inévitable, la bonne humeur réapparaît.

On regarde le billet délivré par la Compagnie de navigation, et c'est avec des rires qu'on lit ces articles:

La Société n'est pas responsable des pertes ou dommages pouvant provenir d'avaries au navire ou aux machines, abordages, incendies, échouements, ruptures d'apparaux, cordages, échelles ou autres parties de la coque, des accessoires ou du grément, ni des cas de fortune de mer; elle ne répond pas de la baraterie, des fautes ou négligences du capitaine, du pilote, des mécaniciens, des hommes de l'équipage ou de toutes autres personnes. Elle décline toutes responsabilités quant aux accidents pouvant survenir aux passagers, soit à bord, soit dans les embarcations, ou embarquation du débarquant, soit en quelque lieu que ce soit au cours du voyage... Dans le cas où le paquebot viendrait à se perdre...

Voici qui n'est pas rassurant. Mais qu'importe!... On est parti.

Le marché aux poissons.

A BORD