Mercredi, deux heures.--On voit le soleil briller à travers les hublots.
«Navrant, dit quelqu'un.--Comment? navrant?--Certes, nous ne connaîtrons pas la Norvège. Regardez cette mer, elle est bleue; ce ciel, il est bleu. Nous allons rapporter en France des idées fausses.»
Les côtes apparaissent, bien semblables aux nôtres: ici, c'est la Méditerranée; puis nous entrons dans un golfe interminable au fond duquel se trouve Bergen: c'est le lac des Quatre-Cantons.
On a ouvert une malle énorme contenant des cartes postales. Tout le monde se les arrache et passe son temps à écrire des adresses. Hélas! j'en achète aussi. Avant le départ, combien de fois n'avons-nous pas entendu la phrase:
--Vous nous adresserez des cartes postales? Ce n'est pas pour moi; mais, vous savez, ma fille en fait collection.
«Première impression: que les places sont grandes à Bergen!»
On dit la messe tous les matins, dans le salon. L'après-midi, une dame qui, certes, chante fort bien, fait entendre dans le même salon des cris d'amour très profane. Les prêtres, qui ont revêtu l'habit civil, fument des cigarettes au milieu d'une cour de dames âgées.
BERGEN
Il y a eu une joie, ce soir, à bord. La petite humanité que nous constituons a cru trouver, dans l'un des siens, un jouet, une tête de Turc, un naïf, dont on allait s'amuser pendant tout le voyage. Nous venions d'arriver en vue de Bergen. Au fait, je vais manquer à mon devoir si je ne décris pas Bergen. Ne manquons pas à notre devoir. Comme je n'aime pas plus faire des descriptions que vous n'aimez à les lire, vous pouvez ne pas avoir peur. Je serai bref. Voici: