A travers les fines rayures d'une pluie qui paraît être ici l'état normal, tant elle tombe avec régularité, on voit, au fond d'un golfe, un amas de maisons en tas, serrées les unes contre les autres et coiffées de toits rouges avec de grosses enseignes en lettres blanches, des enseignes où les voyelles sont rares... («Les consonnes ne doivent pas coûter cher en Norvège», dit quelqu'un.)
Au-dessus de la ville, un clocher pointu, noir et rouge; au-dessus du clocher, la montagne verte; au-dessus de la montagne, des nuages gris. Et tout cela baigné de pluie, mais baigné de pluie de façon constante, persistante; non pas violente, mais habituelle, nécessaire, inévitable, perpétuelle, définitive... Quand il ne pleut pas ici, les gens se demandent si ce dérangement de l'atmosphère ne présage pas un cataclysme.
A BERGEN.-Les réservoirs à poissons vivants.
Malgré cela, un grand nombre de passagers se préparent à descendre à terre. Ils forment un groupe compact devant la coupée. Tout à coup un grand éclat de rire. On ne sait d'où vient de surgir un petit homme vêtu du suroit des marins du Nord, et d'un suroit dont la couleur jaune-serin éclate au milieu des imperméables gris. On ne voit que lui. Il resplendit. Et l'esprit français ruisselle:
«Bravo! bravo!--Les Bergenois vont vous prendre pour un phoque.--Un loup-phoque.--Mais, monsieur, vous avez un parapluie, il gâte votre joli costume...--Il détonne...--Donnez votre parapluie, par grâce!--Pour l'amour du beau!--Pour nous faire plaisir!--Eh! quoi, vous avez gardé votre casquette de voyage?--Vous n'avez donc pas le casque? le casque en cuir, le casque en toile huilée?
--Mais si, répond le héros, qui fait bonne contenance sous l'averse des quolibets, il est dans ma cabine.
--Allez le chercher.--Allez chercher le capuchon.
--Ca-pu-chon!... ca-pu-chon!...»
Un prêtre se montre plus excité que les autres dans cette réclamation du capuchon. Le phoque lui répond: