M. Loomis, envoyé spécial en France pour
ramener aux États-Unis les restes de
l'amiral Jones.
Quant à l'Amérique, elle n'avait point oublié son fameux «commodore»; aussi l'ambassadeur des États-Unis s'intéressa-t-il fort aux fouilles qui ont été récemment pratiquées sur l'emplacement du cimetière situé non loin du canal Saint-Martin, emplacement occupé aujourd'hui par les maisons 41, 43, 45 et 47.
Dans la cour du n° 43, on a creusé un puits et, ensuite, une galerie qui a permis de dégager le cercueil qui contenait la dépouille du célèbre corsaire. Ses restes seront transportés aux États-Unis où l'on rendra au héros de l'Indépendance tous les honneurs qui sont dus à une telle mémoire. Le 30 juin, l'escadre de l'amiral Sigsbee, venue pour chercher ces glorieuses cendres, a mouillé devant Cherbourg. L'amiral est arrivé lundi à Paris, accompagné de son état-major. Reçu sur le quai de la gare Saint-Lazare par le colonel Bailly-Blanchard, deuxième secrétaire de l'ambassade des États-Unis, il s'est rendu à l'hôtel Brighton.
A bord du vaisseau-amiral se trouvait M. Loomis, envoyé spécial du gouvernement des États-Unis. Lundi et mardi, des fêtes ont eu lieu à Cherbourg en l'honneur des envoyés de la grande République. La ville était illuminée. La division de l'escadre française du Nord, qui était sur rade, a pris part à ces fêtes.
La forêt de France.
S'il faut en croire Jules César, la Gaule, il y a vingt siècles, était, au moins dans sa moitié septentrionale, couverte d'une vaste forêt coupée de quelques marais. Ceci est évidemment une exagération qui ne peut se concilier avec cette assertion du même César et de Strabon que la population était très dense. Même en admettant que les vainqueurs aient exagéré le chiffre de la population vaincue pour accroître leur mérite, il fallait qu'une partie du sol eût été défrichée pour nourrir la population. Celle-ci a été évaluée à cinq millions environ pour la Gaule entière, d'après les contingents qui, au témoignage de César, furent levés en l'an 52, lors de l'investissement d'Alésia. Pour que la Gaule pût nourrir une telle population, il faut que la moitié au moins du territoire fût déboisée. La forêt pourtant était utilisée: on y faisait paître les troupeaux et nous savons, par Pline et César, que les essences principales consistaient en sapins, chênes, érables, ormes, bouleaux, hêtres, etc.
La conquête romaine fut très nuisible à la forêt: les vainqueurs, dans un but stratégique, firent défricher de vastes étendues. Et, peu après, la destruction fut accrue du fait de l'immigration de nombreux Germains qui vinrent s'établir en Gaule et furent les fondateurs des royaumes primitifs des Wisigoths, des Burgundes et des Francs. Ces immigrants défrichèrent le sol pour en prendre possession. Mais, avec le développement du pouvoir royal, l'étendue des forêts fut plutôt accrue: il fallait laisser au gibier des retraites et ne point mettre en péril les chasses.
Les moines, par contre, la réduisirent. Et la chose était désirable: c'est à l'excès de forêts et à l'insuffisance de terres labourables que sont dues les famines si fréquentes au moyen âge. Des moines donc accrurent la superficie défrichée et, à la fin du moyen âge, la forêt occupait encore à peu près le tiers du sol. Après ce moment, elle a rapidement décliné, d'après M. Huffel, à l'Économie forestière duquel nous empruntons ces détails. A la fin du dix-huitième siècle, grâce au progrès de l'agriculture, on put constater, par la carte de Cassini, qu'il ne restait que 7.026.000 hectares de bois: un septième de la superficie du sol, la moitié du chiffre obtenu cinq cents ans auparavant. A la veille de la Révolution, donc, le taux de boisement était de 15 ou 16%. Actuellement, il est de 18%. La forêt n'a donc pas diminué au cours des cent dernières années, elle aurait plutôt augmenté. Lavoisier donnait, en 1789, une superficie de 9 millions d'hectares à la forêt: en 1892, il faut lui en donner 9.608.635. La répartition de la forêt dans les différents départements est très inégale, allant de 3,5% dans la Manche, à 56% dans les Landes.
Les progrès de la peste aux Indes.