Depuis 1895, l'Angleterre, peuplée de 43 millions d'individus, en a gagné environ 4 millions; et l'Allemagne, peuplée de 60 millions d'habitants, en a gagné plus de 7 millions!
Le froid et la vie des graines.
Le froid est-il capable de tuer les graines? C'est là une question qui a été très discutée.
M. Paul Becquerel a soumis des graines à l'action du froid intense produit par l'évaporation de l'air liquide et les résultats qu'il a constatés lui ont permis d'affirmer que la résistance des graines aux basses températures dépend uniquement de la quantité d'eau et de gaz que renferment leurs tissus.
Si cette quantité d'eau et de gaz est suffisante, le froid désorganise le protoplasma et le noyau des cellules, et rend impossible tout retour de la vie: mais, si le protoplasma a été préalablement desséché et, par la dessiccation, a déjà atteint son maximum de concentration, alors il échappe à l'action des basses températures et la graine conserve son pouvoir germinatif.
En somme, il semble que le froid ne soit pas capable, par sa seule action, de supprimer la vie. On sait que les microbes lui résistent parfaitement.
Quand il tue, c'est que les phénomènes physiques de la congélation détruisent les cellules vivantes en les faisant éclater et en désorganisant leur contenu. Mais toute cellule capable de résister à la dessiccation est, par cela même, capable de résister à l'action du froid le plus intense.
LE RADIUM SERAIT-IL GÉNÉRATEUR DE VIE?
Au milieu de tous les événements qui se partageaient, en ces dernières semaines, l'attention publique, on a vu surgir, dans les colonnes de quelques journaux, un titre qui, s'il répondait à une réalité, serait assurément le plus sensationnel de tous: «Une extraordinaire découverte.--Création de la vie.» Il s'agit d'une expérience faite avec le radium par un jeune savant anglais, M. J.-B. Burke. Nous avons demandé à notre collaborateur, M. Henry de Varigny, d'exposer à nos lecteurs cette expérience et d'en déterminer la valeur et la portée.
Il y a quelque temps déjà, M. Raphaël Dubois, professeur de physiologie à Lyon, fit une expérience dont il rappelait, le 3 novembre dernier, dans son discours à la rentrée solennelle de l'université de Lyon, les résultats essentiels. Il déposa un petit cristal de chlorure de baryum et de radium, avec toutes les précautions aseptiques voulues, sur un bouillon de culture gélatineux. Dans la gelée nutritive, il vit bientôt apparaître une quantité considérable de petits corpuscules qui s'enfonçaient rapidement dans la profondeur et qui augmentaient de volume. Ces corpuscules ressemblaient tellement à une culture de microbes que M. Laveran, l'éminent pathologiste à qui M. R. Dubois fit voir un de ses tubes à la Société de Biologie, dit aussitôt: «Mais ce sont des moisissures.» Ce n'étaient toutefois pas des moisissures, mais des granulations. Certaines de ces granulations commençaient à se segmenter, à se subdiviser en deux. Des photographies de ces corps en segmentation furent, à une autre séance de la même Société, présentées à un autre savant de grande valeur, à M. Henneguy, professeur de cytologie au Collège de France. Et M. Henneguy déclara: «On croirait bien voir des oeufs de grenouille en voie de segmentation.» Ces deux réponses font assez voir à quel point les granulations obtenues par