La cérémonie inaugurale a offert le caractère d'une imposante manifestation. Dans un éloquent discours, M. Etienne, un des plus chers amis de Gambetta, a justement associé le nom de Dorian à celui de l'illustre patriote qui, en 1873, sur la tombe de son ancien collaborateur de 1870, disait: «Grand citoyen, ta vie se résume en deux mots: la pratique du travail, le culte de la patrie.» Dorian fut, en effet, aux jours du péril national, l'organisateur actif, infatigable, de Paris assiégé, et c'est là son principal titre à l'hommage durable rendu à sa mémoire.
Au banquet qui a terminé la journée, M. Aristide Briand a pris à son tour la parole. Il a célébré le «passé glorieux» de notre pays et ajouté que, si la France était menacée, ce n'est pas parmi les socialistes, ses amis, qu'on trouverait des hommes pour faire le jeu de ses agresseurs. La note patriotique de ce discours a été fort remarquée.
Un asile pour les Français indigents en Suisse.
Les Français de Genève, dont le chiffre, à l'heure actuelle, dépasse 35.000 et qui forment la plus nombreuse de nos colonies à l'étranger, se sont émus de la triste situation de nos nationaux, vieillards et incurables, fixés dans le canton, et ils ont eu, il y a deux ans, la pensée de créer un asile destiné à recueillir ces pauvres gens.
Un bazar de charité fut organisé, en 1903, pour constituer un premier capital. Grâce au concours de toutes les bonnes volontés, grâce à l'empressement du public genevois, grâce à la présence de la musique de la garde républicaine, venue rehausser l'éclat des fêtes, celles-ci réussirent brillamment et l'on put réaliser, avec les dons de généreux souscripteurs, une somme de 216.000 francs. Le gouvernement de la République, de son côté, tint à manifester sa sympathie envers cette oeuvre à la fois patriotique et humanitaire, et la commission du pari mutuel, dans sa séance de janvier dernier, accorda une allocation de 100.000 francs.
Le capital ainsi réuni permit de faire l'acquisition du château de la Fouillasse, situé aux portes de Genève et particulièrement propre à être converti en hospice. Autour de l'immeuble s'étend un parc très vaste.
Le château de la Feuillasse, près de Genève, converti en
asile pour les Français indigents en Suisse.
L'asile, qui sera prochainement ouvert, pourra abriter, au début, 18 à 20 vieillards; mais on espère que les souscriptions et les dons permettront d'augmenter rapidement ce nombre. Un généreux compatriote, dont l'esprit de bienfaisance s'exerce de la façon la plus libérale, vient d'accorder une nouvelle somme de 30.000 francs pour solder les travaux d'aménagement et de réparations. C'est là un bel exemple à imiter, étant donné qu'il y a déjà actuellement plus de 200 demandes inscrites et que la colonie formée principalement de modestes travailleurs venus des départements limitrophes, est, dans son ensemble, très peu fortunée.