Constantza, on se le rappelle, fut le premier port que visita le Potemkine à son départ d'Odessa. Il venait y demander des vivres qu'on eut le regret de devoir lui refuser. On le fit dans des formes adoucies, car le Roumain est accueillant, charitable et peut-être, au fond, pas animé d'une sympathie outrée pour la Russie.
C'est à Constantza qu'il est revenu achever son inglorieuse odyssée.
D'ailleurs, nombre d'entre ceux qui montaient le Potemkine étaient des Roumains,--des Roumains de cette Bessarabie que la Russie s'arrogea et vers laquelle la Roumanie entière jette encore des yeux chargés de regrets. Aussi se sont-ils aussitôt sentis chez eux, sur cette terre. C'est l'un d'eux, précisément que j'interrogeais, tout à l'heure, par l'intermédiaire obligeant de M. le lieutenant de vaisseau Gavrilesco Feodor Pogarneatzà était «sergent-major de signaux». Exactement, il commandait les tambours du Potemkine, et ce fut lui, on peut le dire, qui donna les trois coups, au commencement du drame.
Les marins révoltés sur le pont du Kniaz-Potemkine.--Photographie prise par M. A. Forst dans le port de Théodosie le 5 juillet.
Feodor Pogarneatzà.
Le récit que j'ai recueilli de sa bouche me paraît intéressant à reproduire parce qu'il enterre définitivement la légende du Potemkine, telle du moins que nous la concevions.
Tout d'abord, le matelot dont la mort déchaîna cette rébellion ne s'appelait pas Omeltchouk. Il se nommait Vakoulemtchouk, mais son camarade ignore son prénom. Je l'ai recueilli à Odessa: Grégor.
Le Potemkine, qui n'avait pas encore effectué ses essais d'artillerie, était parti le 12-25 juin de Sébastopol pour Tendra, près d'Odessa, où il allait y procéder.