Parmi les légumes qui, depuis quelques années, ont pris une place sur nos marchés français, la patate douce n'est sans doute pas celui qui a obtenu le plus de succès. Ce légume sucré déconcerte un peu le consommateur. Pourtant, il est excellent--bouilli ou bien cuit au four--et constitue un aliment énergétique des plus recommandables. La patate, qui est le tubercule souterrain d'un convolvulus, se cultive sans peine dans les îles de la Méditerranée et sur la côte nord de l'Afrique. Elle pourrait, d'après le Bulletin de l'Office de l'Algérie, prendre une place importante dans l'alimentation du bétail, tout comme la pomme de terre. Elle est plus riche que cette dernière et conviendrait particulièrement pour l'engraissement. Elle est appétissante aussi. Les porcs, qui aiment les bonnes choses et savent les trouver--chacun connaît leur goût pour la truffe et leurs aptitudes pour la découvrir--déterrent eux-mêmes les patates dans les cultures, pour s'en régaler. Il n'y aurait même pas à tirer celles-ci de terre: les porcs pratiqueraient l'extraction et aussi le labourage par la même occasion. La patate est un aliment très hygiénique, qui ne procure jamais d'indigestion: il entretient au contraire ce qu'un médecin appelait «la première des libertés». On devine celle dont il s'agit. De culture facile en terre légère et sableuse, la patate donne six tonnes sur l'espace où le maïs n'en donne pas une. Il est vrai que 4 1/2 de patates valent 1 de maïs; mais, même dans ces conditions, il est plus avantageux de pratiquer l'engrais par la patate.
A CONSTANTINOPLE
La mosquée de Hamidié, où le sultan Abdul-Hamid a été l'objet d'un attentat, le 21 juillet, jour du Selamlik.
Phot. Strumper.
La mosquée de Hamidié est un frêle et gracieux monument, dont les blanches terrasses sont surmontées par la coupole légère d'un minaret qui est un véritable bijou d'art. C'est là, à quelques pas à peine de son palais d'Yildiz-Kiosk, que le sultan Abdul-Hamid assiste pieusement, chaque vendredi, aux cérémonies du Selamlik.
Dès qu'à midi la voix plaintive du muezzin a convié la foule à la prière, les portes du palais d'Yildiz s'ouvrent à deux battants. Au milieu d'une brillante escorte de princes, de ministres, de grands officiers chamarrés d'or, de pachas et de serviteurs, aux sons des musiques et parmi les acclamations de la foule, une luxueuse Victoria, attelée de deux chevaux blancs, emporte le sultan, à fond de train, jusque dans la grande cour de la mosquée. Le souverain descend alors de sa voiture, salue ses sujets et pénètre dans le religieux édifice entouré du cheik-ul-islam, des ulémas et des imans.
Aussitôt après la fin de la cérémonie, Abdul-Hamid regagne sa Victoria, qui le ramène dans son palais avec une rapidité d'allure qui jette toujours une certaine confusion dans sa suite. Ce n'est cependant pas grâce à la vitesse extrême de son attelage que le sultan a dû, vendredi dernier, de n'être pas atteint par l'explosion de la bombe qui, dans la cour de la mosquée de Hamidié, a tué plus de 20 personnes et en a blessé près de 60 autres.
L'ÉCHOUEMENT DU "CHODOC"
L'un des meilleurs paquebots de la Compagnie des Chargeurs-Réunis, le Chodoc, s'est, le 28 juin dernier, échoué dans les parages du cap Gardafui.
La presse s'est fait l'écho de ce sinistre qui, sans l'adroite énergie des officiers du navire et les secours intéressés des Somalis, eût pu coûter la vie à plus de cinq cents passagers. Ce fut dans la nuit du 28 au 29 juin que le navire s'immobilisa sur des rochers. La veille, on avait dansé sur le pont; tout le monde était gai, confiant, heureux du retour en France. Le 29 fut un triste lendemain de fête: le Chodoc était échoué à 150 mètres du rivage, d'un rivage d'aspect peu hospitalier, dans une mer démontée que couvraient, néanmoins, une multitude d'embarcations montées par des indigènes armés jusqu'aux dents.