Fragments d'un journal de voyage.
(Suite III.--Voir les numéros des 8 et 29 juillet:)
LES LAPONS
Dans les rues de Tromsoe; de-ci de-là, de bizarres personnages, petits, roux, coiffés d'un bonnet bleu et rouge, comme des valets de carreau, déambulent, couverts de fourrures, chaussés de bottes en peau de renne, avec un assortiment d'objets bizarres en os, pendus à la ceinture et au bout des doigts. Ce sont des Lapons. Ils sont moins sales qu'on ne s'y attendait. Le visage rose ou rouge est éclairé par des yeux bleus, et des cheveux filasses encadrent les pommettes saillantes du type mongol.
Le cap Nord.
Ce sont bien des Lapons; mais ils sont trop liants, trop bons vendeurs, ils parlent trop bien l'anglais; ils ressemblent trop, comme mentalité commerciale, aux Italiens marchands de moulages qui nous mettent dans les mains, à Paris, un objet dont on a offert le dixième du prix demandé. Les Lapons suivent les touristes, offrant des spoons, cuillers faites d'un os de renne et ornées d'un dessin en profil de cet animal.
À Tromsdal, en face de Tromsoe, se trouve le fameux camp des Lapons tant «blagué», tant attendu aussi. Il est établi à quatre kilomètres de la côte. Pourquoi? Parce que le propriétaire du terrain qui le reçoit l'a voulu ainsi afin de forcer les touristes à utiliser des voitures sur le prix de location desquelles une part d'argent lui est remise.
Par un chemin impossible, cahoteux, détrempé, étroit, rocailleux, franchissant des torrents et sur lequel les voitures tressautent, on arrive au camp, après avoir traversé un bois de bouleaux qui, l'hiver, disparaît sous la neige.