Samedi dernier 5 août, les plénipotentiaires russes et japonais, chargés de discuter les bases de la paix, entraient en contact au large d'Oyster-Bay, à bord du May-Flower, yacht du gouvernement américain, où les présentations étaient faites par le président Roosevelt; mardi 8, ils s'installaient à Portsmouth (New-Hampshire), lieu choisi pour les travaux de la conférence, dont les résultats sont si impatiemment attendus.
L'attention se porte tout naturellement vers les éminents diplomates auxquels incombe la tâche difficile de mettre un terme à la guerre désastreuse allumée depuis un an et demi en Extrême-Orient, et qui, dès maintenant, sont des figures historiques.
Nous avons déjà donné de M. Witte, le premier plénipotentiaire russe, un portrait obtenu lors de son récent passage à Paris; une photographie du baron Komura, prise au moment de son arrivée à New-York, nous permet de montrer sous un aspect caractéristique le premier plénipotentiaire japonais, accompagné de M. Sato, son premier secrétaire, le personnage le plus interviewé de la délégation.
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE
Un livre d'actualité: Dans l'intimité du sultan du Maroc, par Gabriel Veyre[1].
[Note 1: Librairie Universelle, 1 vol., 3 fr. 50.]
Un premier mérite de ce livre, et qu'on peut lui accorder a priori sur le seul vu de son titre, c'est l'opportunité; il paraît au moment où la question marocaine occupe le premier plan de l'actualité, s'impose à l'attention de l'Europe et met particulièrement en jeu la politique extérieure de la France. Les autres mérites, le chapitre introductif les fait pressentir par les explications de l'auteur touchant les motifs et les conditions de son séjour au Maroc.
M. Gabriel Veyre est un ingénieur dont on a eu plus d'une fois l'occasion de remarquer le nom dans L'Illustration, sous d'intéressants documents relatifs précisément au sujet qu'il traite aujourd'hui. Après avoir déjà pas mal couru le monde, il se reposait aux bords du Rhône, lorsqu'il apprit qu'on cherchait un homme capable d'enseigner tout d'abord au sultan Mouley Abd-el-Aziz la photographie pour laquelle il s'était passionné, puis de l'initier, au besoin, aux plus récentes inventions: cinématographe, applications de l'électricité à la télégraphie, à la téléphonie, à la phonographie, à l'éclairage; modes de locomotion modernes, bicyclette, voire automobile. Tenté par l'attrait d'un pays nouveau, plus mystérieux et plus fermé encore que tous ceux qu'il avait parcourus jusque-là, il posait sa candidature, était agréé, débarquait à Tanger au commencement de 1901 Son séjour, qui, suivant ses prévisions, ne devait guère excéder une durée de six mois, se prolongea quatre ans, et, à son retour en France, à la fin de 1904, il possédait, pour une utile contribution à l'histoire de l'Afrique contemporaine, de précieux éléments, sinon régulièrement notés sur des carnets et systématiquement classés dans des dossiers, du moins nettement fixés dans sa mémoire.
Car M. Veyre, il tient à le déclarer, n'avait pas le dessein préconçu de faire un livre. La moindre ambition littéraire était si loin de sa pensée qu'à aucun moment il ne tint de «journal» et que, pour préciser ses souvenirs sur certains points, il a dû feuilleter, avant d'écrire ces pages, tout un lot de lettres adressées de Marakech et de Fez à ses proches, à des amis, «conversations très libres au courant de la plume».
Cet aveu n'est pas, tant s'en faut, de nature à déprécier la valeur de l'ouvrage ainsi composé.