L'article défini la est invariable comme le the anglais. Le genre grammatical n'existe pas: il n'y a que le genre de sexe.
Tous les modes d'un mot s'expriment par un changement de finale: patro, père; patra, paternel; pâtre, paternellement; patrino, mère; patrina, maternel.
Le verbe ne change pas pour les personnes, celles-ci sont désignées par le seul pronom. Tous les temps sont déterminés par douze finales: mi jaras, je fais; mi jaris, je faisais ou j'ai fait; mifaros, nous ferons; mi farus, nous ferions, etc.
L'emploi des préfixes et des suffixes évite encore un nombre considérable de mots nouveaux. Mal indique le contraire: ami, aimer; malami, haïr. Ist indique la profession: boto, botte; botisto, bottier, etc.
Ces quelques exemples nous paraissent résumer de façon très claire les principes de l'espéranto.
Ajoutons que chaque mot se prononce absolument comme il est écrit, les lettres gardant le son alphabétique qui se trouve presque toujours conforme à celui de l'alphabet français. L'accent tonique se place sur l'avant-dernière syllabe. On supprime ainsi toute difficulté sérieuse pour l'intelligence de la langue entre personnes de nationalités différentes.
Le volapük, qui occupait le monde vers 1885, était plus compliqué et empruntait presque tous ses éléments aux langues saxonnes. Cette phrase: «La vie de l'homme est courte», s'exprimait en volapük: «Lif mena binom blefik.» En espéranto, elle se traduit: «La vivo de l'homo estas mallonga.»
L'espéranto est justement considéré comme un chef-d'oeuvre et il est à prévoir que, d'ici quelques années, il sera parlé et compris sur tous les points du globe par les personnes possédant une certaine culture intellectuelle. Il fut créé de toutes pièces par un Russe, le docteur Zamenhof, né en 1859, à Biélostok, dans le gouvernement de Grodno (Pologne). Ce savant, dont le nom encore ignoré du grand public deviendra bientôt mondial, a ainsi résolu un problème qui, depuis deux siècles, hantait les esprits les plus remarquables et auquel on n'avait apporté que des solutions lamentables. Il conçut son projet de langue universelle vers 1878, alors qu'il était élève au gymnase de Varsovie; c'est seulement en 1887 qu'il publia son premier ouvrage sous le pseudonyme de Doktoro Espéranto (qui espère).
Détail amusant et éloquent: c'est la librairie Hachette, la maison classique par excellence, qui édite tous les ouvrages concernant l'espéranto, approuvés par le docteur Zamenhof.